Tout d’abord je remercie infiniment Anouchka
pour sa proposition de service-presse, ainsi que les éditions Voy’el pour leur
disponibilité et leur gentillesse. C’est toujours un plaisir de travailler et
d’échanger avec vous !
Si j’ai un peu moins apprécié ce dernier opus
que les deux précédents, la trilogie reste pour moi un gros coup de cœur que j’ai
adoré lire. L’univers tout comme la plume de l’autrice sont immersifs, et c’est
avec plaisir que j’ai retrouvé Sao pour suivre la fin de ses aventures.
J’ai eu un tout petit peu de mal à raccrocher
les wagons au début, mais c’est parce que je n’avais plus en tête la fin du
tome précédent, je ne me souvenais plus des évènements et je n’avais pas la
possibilité de relire les deux premiers tomes pour démarrer celui-ci. Je suis
cependant rapidement entré·e dans l’histoire, une fois les évènements remis en
place dans ma tête autant que dans le texte. Ce démarrage est entraînant car
rempli de rebondissements, de tensions, mais aussi de nouvelles rencontres.
Nous retrouvons donc Sao alors qu’Armas a
disparu, capturé par les hommes de son ancien maître. Notre pauvre esclave
désormais affranchi se retrouve à gérer à la fois ses blessures, reçues au
cours du combat qui lui a arraché Armas, ses émotions concernant les évènements,
ses sentiments qui explosent, sa toute nouvelle liberté, à laquelle il n’est
pas habitué… J’ai adoré suivre les méandres de l’esprit de Sao qui doit
apprivoiser sa liberté. Il est heureux et soulagé de l’être, libre, mais ce n’est
pas si facile de changer de statut, et donc complètement de vie, comme ça, en
un claquement de doigts ! Il a des peurs, des doutes, des angoisses, il ne
sait pas trop quoi faire de son existence, désormais.
Heureusement, il peut tout de même se focaliser
sur un premier but : celui de retrouver la trace d’Armas. Ne sachant pas
où chercher, il finit par tomber sur un prostitué qui l’emmène au Cloître, une
communauté d’hommes et de femmes prostitué·es (ainsi que de leurs enfants), qui
va l’accueillir pour plusieurs raisons que je vous laisse découvrir dans le
roman.
J’ai adoré toute la partie qui se passe au
Cloître ! La manière dont Sao doit lutter contre ses préjugés, liés à sa
culture de naissance. Ses rencontres avec différents membres du Cloître, les
amitiés qui se forgent. Sao se remet en question et découvre dans ces gens des
hommes, des femmes et enfants/ados adorables, souriants, solidaires, qui l’accueillent
malgré ses a priori. Sao évolue, et se rapproche de plusieurs personnages qui
vont être primordiaux pour la suite.
J’ai tout de suite accroché avec Gavrell, cet
adolescent qui va devenir l’un des personnages centraux de ce tome 3. J’ai mis
un peu plus de temps à adopter également Doun et Vikka, mais puisque ces
trois-là vont suivre Sao dans son périple, nous aurons le temps d’apprendre à
les connaître et à les apprécier fortement : à la fin, ce sont un peu des
ami·es pour nous aussi…
On apprend également la place que les
prostitué·es joue dans Rébellion, n’oubliant jamais, même dans les moments joyeux,
le cœur du scénario.
La part belle est d’ailleurs donnée à la
prostitution, dans ce tome 3, et j’ai beaucoup aimé cet axe. La prostitution
est vue ici de manière décomplexée et sans préjugés, de façon positive (quand
elle est choisie, bien sûr, je ne parle pas des esclaves sexuel·les, dont le
commerce est dénoncé dans ce livre) et traitée avec délicatesse, avec les
points de vue de plusieurs personnages qui la vivent très différemment, mais font
leurs propres choix. La façon dont Sao va percevoir la prostitution va évoluer,
il va questionner ses préjugés, et c’est beau <3
C’est donc ainsi que Sao va entreprendre un grand
périple en camion avec Gavrell, Doun et Vikka. Sao, accompagné de trois putes ?
Qui l’aurait cru ? Et pourtant, ces trois-là sont devenu·es ses ami·es et,
même plus que cela… un peu sa famille de cœur. Entre eux quatre se dessinent
une véritable loyauté, un amour infini, une solidarité à toute épreuve et une
complicité qui ne va faire que grandir. Ils vont se rapprocher et apprendre à
se connaître, tissant des liens qui ne sauraient se briser. C’était beau, émouvant,
et à la fois très frais, car cette joyeuse équipée ne manquera pas d’humour et
de chaleur humaine !
Le début du voyage est donc bon enfant malgré
les craintes de Sao, notamment pour Armas, maintenant qu’il sait où celui-ci a
été envoyé. Il a peur d’arriver trop tard, ça le stresse, mais il ne peut pas s’empêcher
aussi de profiter de l’amitié de ses trois compagnons. Il craint également les
barrages de soldats, car même s’il est libre, il ne peut s’empêcher d’avoir
peur qu’on l’emprisonne à nouveau…
Il se passe plein de choses intéressantes,
tout du long de ce voyage, souvent « accessoires » mais cela donne du
cachet et du réalisme à l’histoire. Ça fait aussi du bien de ne pas toujours se
focaliser sur le but et d’en profiter pour découvrir un peu plus l’univers et
les compagnon·nes de route de Sao.
Cependant, je dois admettre qu’au bout d’un
moment j’ai trouvé que cela devenait long, surtout que Sao tourne en rond dans
sa tête. Autant j’aime ses questionnements, autant les relire trois, quatre,
cinq fois m’a un peu lassé·e par moment, surtout quand ils n’évoluent pas (sur
d’autres sujets, au contraire c’est intéressant car il évolue, justement).
Je dirais donc que ce voyage est en deux temps :
le côté découverte, aventure, liens qui se tissent, qui est génial, et la
seconde partie qui commence à tirer en longueur et où on a envie que ce soit un
peu raccourci (en tout cas, moi je me suis un peu désintéressé·e des évènements
vers la moitié du voyage, je dirais).
Quand on arrive enfin à la Rousière, on
retrouve enfin un peu d’action car les évènements se précipitent. J’avoue
pourtant avoir trouvé le passage trop rapide et trop détaché, pour le coup. J’aurais
voulu entrer dans le combat, ressentir les émotions des différents
protagonistes, l’énergie du lieu, mais c’était très extérieur, comme si c’était
écrit en point de vue externe (pourtant, c’était écrit du point de vue de Sao,
comme tout le récit). D’un autre côté, je dois admettre que ce parti pris
montre aussi l’impuissance de Sao face à ce qu’il se passe, ce qui est un choix
que je respecte. C’est surtout que personnellement, j’ai eu du mal à tout
saisir et à entrer dans la scène, comme on n’a pas d’images pour comprendre comme
dans un film ou une série et que je n’ai aucune imagination visuelle, je suis
passé·e un peu à côté de la scène.
Les retrouvailles avec Armas sont touchantes,
par contre, un grand moment de douceur et d’amour, une petite plage de
tendresse, mais c’est aussi un moment clé où les personnages s’expliquent et se
livrent. Leur rapprochement n’est plus celui de deux amants, mais celui de deux
hommes qui veulent s’ouvrir totalement à l’autre et lui font confiance. C’était
très beau, c’est un moment que j’ai adoré <3
Cette parenthèse entre amour et amitié
(puisque Gavrell, Doun et Vikka sont toujours là elleux aussi) nous mène à
revenir à la maison de justice. J’avoue qu’autant j’attendais beaucoup ce
passage, autant je ne l’ai finalement pas trop aimé. J’y ai trouvé non
seulement des longueurs mais aussi, au contraire, beaucoup trop de facilités
scénaristiques (même si certaines « facilités » ne font qu’empirer
les choses, c’était très « mécanisé ») et de manque de réalisme. Je
ne vais pas en parler en détail pour ne pas spoiler l’histoire, mais j’avoue
avoir été déçu·e de cette partie finalement trop longue et trop courte à la
fois, qui m’a laissé·e sur ma faim.
Concernant la fin, je l’ai beaucoup aimée. On
manque d’informations sur certains personnages, ce qui est dommage car on les a
appréciés tout du long et on les voit, en plus, dans ce passage, donc j’aurais
apprécié de savoir vraiment ce qu’ils deviennent, quelle voie ils ont choisi,
etc. Ça m’a attristé·e qu’on ne sache presque rien sur eux alors qu’on s’est
attachés à eux…
Par contre, on découvre davantage d’informations
sur Rébellion, ses dirigeants et ses buts, ce qui nous manquait est expliqué
avec autant de précision que de pudeur, dans le sens où c’est une organisation
complexe et secrète : on a les informations qu’il nous fallait tout en
gardant le mystère général, j’ai adoré cette conclusion pour l’organisation. Le
point de vue de Sao y est bien respecté puisqu’on ne sait pas tout, on n’a pas
toutes les réponses, et rien n’est fini pour l’Empire, les esclaves, etc. Mais
l’histoire, elle, se conclut ici avec tous les éléments dont on avait besoin
pour être « apaisé·es », et ça fonctionne super bien !
Un gros coup de cœur pour les dernières
phrases de cet épilogue, ces derniers moments qui terminent parfaitement bien
cette magnifique histoire <3 Je n’en dis pas plus sur les choix de l’autrice
pour cette fin, mais ces derniers paragraphes m’ont fait oublier les longueurs
et fait refermer le livre avec le sourire et l’esprit encore aux côtés de Sao…
Un dernier tome un peu longuet par moment, et
avec des passages qui ont manqué de réalisme et ont été parfois trop « faciles »
(en positif comme en négatif, ce qui sert le scénario mais perd en cohérence),
mais j’ai passé un très bon moment de lecture global, vécu beaucoup d’émotions
au cours de cette très belle conclusion pour une série coup de cœur, à
découvrir absolument <3 Une trilogie qui fait voyager, réfléchir, se
remettre en question, qui nous apprend des choses sur les traditions des Mongols,
dont sont inspirés les Uriés. Une histoire d’amour en filigrane, pleine de
rebondissements et de délicatesse, très bien menée et attachante, et des
histoires d’amitié, de confiance, de communauté magnifiques. Merci pour cette
merveilleuse lecture <3
Points positifs : une plume légère, dynamique et
efficace qui nous plonge dans l’ambiance immédiatement ; un univers bien
développé, intéressant et construit, qui sait aussi révéler ses surprises ;
des personnages attachants et profondément humains, avec leurs forces mais
aussi leurs faiblesses, leurs espoirs et leurs doutes ; une belle place
faite à la prostitution, souvent mal perçue et mal représentée en fiction ;
une fin de trilogie plaisante qui conclut magnifiquement la série.
Points négatifs : quelques longueurs et, a contrario,
des facilités scénaristiques et « rapidités » qui auraient pu être
développées.