Jeux de Scène, Première Partie - Hope Tiefenbrunner
Titre: Jeux de Scène
Autrice: Hope Tiefenbrunner
Éditions Juno Publishing France
Genre: romance MM, ménage, historique
SERVICE PRESSE
Résumé:
Dans le Gehenna des années 30, la dernière revue du Millénium fait grand
bruit et attire chaque soir toute la bonne société de la ville venue s’y
acoquiner malgré la prohibition. Propriétaires du club et à la tête d’un des
plus puissants clans mafieux de la ville, Jin et Ryôma Kohaku ne s’attendent
certainement pas à y rencontrer le très intrigant danseur Dorian Feamster. Mais
l’attirance et l’envie qu’il éveille rapidement en eux se heurtent à de
nombreux obstacles : la relation secrète que les deux cousins entretiennent, le
qu’en-dira-t-on, les motivations de Dorian, Satomi, le directeur du cabaret,
qui cherche à les empêcher de s’approcher, les jeux de pouvoir et d’influence
qui entourent les membres du clan. Entre secrets, méfiance et envie, la
relation entre Dorian et les deux cousins Kohaku a-t-elle une chance ?
Romance MMM, présence d'érotisme.
Chronique d'Aurélie
Tout
d’abord je remercie infiniment Juno Publishing pour ce nouveau partenariat qui
m’a permis de découvrir un petit bijou signé Hope Tiefenbrunner.
J’ai
découvert l’autrice à travers son tout dernier roman, La Rotonde aux Objets, et
j’ai flashé sur son style d’écriture, aussi, quand j’ai vu chez Juno cette
duologie signée de son nom, forcément, je me suis penchée sur le résumé. Et ce résumé
prometteur et intriguant m’ayant mise en bouche, c’est avec joie que j’ai
entamé cet ouvrage.
Je
me suis donc plongée dans l’histoire de Dorian et des cousins Kohaku, Jin et
Ryôma, avec un immense plaisir. Je dois pourtant avouer que je suis mitigée
concernant ce premier tome. Mais ne vous y trompez pas, je me suis régalée, et
j’ai vraiment accroché avec la plume de Hope, son univers, l’ambiance du livre
et les personnages. On va juste dire qu’il me manque un petit quelque chose
pour en faire un coup de cœur, ce qui n’en fait pas moins une excellente
lecture.
Pour
tout dire, j’ai beaucoup réfléchi à ce que je pourrais « reprocher »
à ce roman, et j’ai du mal à vraiment trouver. Je vais tenter de développer les
points qui l’ont empêché d’être un vrai coup de cœur, mais aussi, bien sûr,
définir ce qui a fait pour moi de ce livre un incontournable.
Ça
ne vous intéresse très certainement pas, cependant je précise que je suis très
fatiguée en ce moment, ce qui a influé je pense en partie sur ma lecture. Je
dis cela parce que cela faisait bien longtemps que je n’avais pas mis aussi
longtemps à lire un livre, ce qui m’a énormément surprise parce qu’à chaque
fois que j’étais plongée dedans, je me suis tellement régalée que j’avais du
mal à le lâcher. Cependant, les chapitres sont très, très longs, ce qui fait qu’ils
ne sont pas facilement accessibles quand on n’a pas beaucoup de temps, ce qui m’a
souvent fait repousser ma lecture. Cela à mon avis a également un peu nui au
dynamisme. Pourtant, le style est extrêmement fluide, et à chaque reprise de
lecture, je n’avais juste pas envie de m’arrêter à la fin d’un chapitre (mais
en commencer un nouveau était souvent compliqué vu la taille de ceux-ci). Ce
livre est également un gros volume, ce qui explique naturellement également le
temps de lecture, bien sûr.
En
parlant de dynamisme, ce livre n’en manque clairement pas. S’il aborde le
thème, principalement, de la danse, j’ai trouvé la façon de l’autrice d’aborder
son récit très théâtral. Avec cette impression de passer de scène en scène,
avec un cadre, des personnages, une vie joyeuse et animée propre au théâtre, et
des moments plus solitaires, plus dramatiques. C’est très bien mené, et les
atmosphères se posent et s’enchainent à merveille.
Ces
ambiances sont magnifiques et très précises. Parfois un peu trop de détails
viennent ralentir le récit, mais ces détails ont le mérite de poser des scènes
d’un réalisme foudroyant. J’ai adoré les scènes qui se déroulent au Millenium
et nous décrivent la vie des membres de la troupe. C’est joyeux, c’est vivant,
c’est envolé et léger, on y découvre la proximité des danseurs et autres
membres du staff, on y suit leurs pensées, parfois aussi leurs conflits,
souvent puériles, mais de temps en temps plus sérieux. Mystères, cachotteries,
amitié et joie de vivre nous transportent dans l’univers de la scène avec brio
et nous donnent en général le sourire.
Parfois,
dans ces passages, il y a trop de personnages, ce qui fait qu’on ne suit plus
toujours qui est qui, mais en même temps, je ne critique pas vraiment ce fait
car cela nous montre un peu plus en profondeur la fourmilière grouillante de
vie et de monde qu’est le Millenium. On en a parfois la tête qui tourne !
C’est dense et léger à la fois, pétillant comme des bulles de ce champagne que
l’on sert lors des soirées, et qui, dans ce monde de la prohibition, est
pourtant interdit. Mais ici, pas de tabous, pas d’interdits, tout est permis,
la vie est plus simple, plus colorée… mais aussi plus complexe. Parce que
derrière la désinvolture des membres du Millenium se cache l’ombre de la mafia,
des Kohaku, véritables maîtres du lieu.
J’ai
adoré aussi les passages très intimistes dans la demeure des Kohaku, où Jin,
Ryôma et Dorian vont s’apprivoiser et se découvrir. Le contraste avec les
passages exaltés du Millenium est frappant, mais très bien amené. On balance
entre périodes de grande agitation enthousiaste et une ambiance intime, feutrée
mais non moins intense…
Dans
tout cela, on suit le point de vue de nombreux personnages. C’est là une petite
critique personnelle que je ferais à l’œuvre, pour moi qui préfère rester
centrée sur des personnages principaux sauf quand le récit nécessite éventuellement
un autre point de vue, il y a parfois eu trop de changements de points de vue
ici. On est dans un récit omniscient, ce que je trouve un peu dommage au niveau
de l’intrigue complexe et remplie de tension qui se met en place. À suivre les
points de vue des différents protagonistes, parfois très antagonistes, parfois
on en sait « trop ». Mais c’est très personnel, je sais que beaucoup
de lecteurs, au final, préfèrent ce point de vue omniscient, à mes yeux cela
permet moins d’entrer en contact avec des personnages privilégiés.
En
parlant de personnages, j’ai énormément accroché avec bon nombre d’entre eux.
Avant de m’attarder sur les principaux, je citerais Louise et son immense joie
de vivre, John et son caractère de cochon, Satomi et ses mystères, Tanhiwa et
son immense appétit pour les femmes (mais il est toujours galant, et loyal
envers ses maîtres, en prime).
Parlons
à présent plus sérieusement. Je veux dire par là, parlons de Jin et Ryôma. Les
cousins Kohaku. J’ai adoré leur immense présence et leur prestance incroyable,
leur courtoisie unique, tout autant que leur férocité, généralement dissimulée
derrière leurs bonnes manières. Les cousins Kohaku sont par excellence des « anti-héros »,
du moins, dans ce premier tome. Ce sont, comme dirait Dorian, des « méchants »,
d’une certaine manière. Certes, on ne les perçoit pas sous cet angle, parce qu’ils
se montrent agréables et attentionnés envers ceux qu’ils protègent, doux, tendres
et passionnés avec Dorian, et que l’on sait que, de bien des façons, « ils
n’ont pas le choix ». N’empêche qu’ils sont à la tête d’un immense empire
mafieux sans la moindre pitié pour ses ennemis. Ils se sont sali les mains si
souvent qu’on ne pourrait les compter, de manière directe ou indirecte. Ils ont
un pouvoir immense, et ne supportent pas qu’on leur marche dessus, aussi
sont-ils capables d’une immense cruauté.
On
sait tout cela, oui, on le sait, tout comme on apprend à connaitre peu à peu
leurs grands défauts, la violence et la colère de Ryôma, la cruauté dont Jin
peut faire preuve si on le contrarie trop, leur manque de compassion envers
leurs ennemis et toutes les magouilles dans lesquelles ils trempent de fait,
cependant on ne peut que les apprécier. En suivant le déroulement de leurs
pensées, on découvre deux hommes qui ont autrefois été dépassés par une vie
bien trop difficile à porter pour de si jeunes épaules, deux hommes qui ont
failli être brisés par la vie et qui, l’un grâce à l’autre, l’un avec l’autre,
ont su faire front, conserver leur empire, et mieux encore, l’améliorer afin
que leurs décisions soient plus justes (même s’ils restent des hors-la-loi
dangereux et féroces).
Mais
Jin et Ryôma sont deux êtres passionnés et passionnants auxquels on s’attache
très vite, et dont on suit le point de vue avec toujours énormément de plaisir.
Leur amour mutuel, si fort, si profond et si incommensurable est extrêmement
touchant, et même si l’autrice insiste par le point de vue d’autres personnages
sur le côté « incestueux » (puisqu’ils sont cousins), moi je ne l’ai
pas perçu comme cela (et puis bon, cousins ce n’est pas comme frères ;-) ).
J’ai perçu leur amour comme étant pur, juste et beau, et tellement puissant et
inaltérable qu’à mes yeux c’est plutôt un exemple, et une vraie base pour ces
deux personnages qui ont trop subi les coups du destin. L’un près de l’autre,
ils sont à la fois solides, calmes et presque invulnérables, même s’ils sont
pourtant la véritable faiblesse l’un de l’autre.
J’ai
adoré la passion dont fait preuve Ryôma, son immense tendresse si débordante,
également. C’est un personnage très entier, très émotif, jeune et trop
enthousiaste, parfois drôle, aussi, et désinvolte à ses heures, dont le
caractère me parle énormément. J’ai adoré le contraste créé par la personnalité
de Jin, si calme, si paisible, presque froid tant il est assuré et posé, si
sérieux, également. Un vrai chef de clan, qui possède une âme d’acier,
dirait-on. Cependant, lorsqu’il est réellement contrarié, il est rempli d’une
véritable férocité qui, utilisée à bon escient, a donné lieu à mes yeux à la
scène la plus explosive de tout le roman.
Et
puis, au milieu de cet océan d’amour et de passion mutuelle, il y a Dorian.
Dorian, le danseur séduisant qui d’abord attire les deux cousins, avant de les
rendre accros, presque fous, en tout cas bien décidés à le posséder. Eux qui
ont toujours refusé de se partager avec d’autres, eux qui se vouent un amour
infini s’ouvrent en chœur à la beauté et à l’insolence un poil sauvage de ce
jeune homme si sensuel. Et ce fleuve de désir et d’intérêt qu’ils éprouvent
pour lui est bel et bien réciproque.
Mais
Dorian est un personnage complexe qui va nous donner énormément de fil à
retordre au cours de ce premier opus et parfois, sincèrement, on a envie de le
secouer et de lui dire de regarder la réalité en face, d’arrêter la machine, d’arrêter
la folie qui le dévore et le rend presque fou, de vivre, de vivre intensément,
parce que l’amour qui le meut et le possède est bien la plus belle des émotions
de l’univers…
Dorian,
ah, Dorian… Je n’ai pas su comment le gérer tout du long de ce récit. On l’aime,
Dorian, on l’aime tellement, lui et son caractère tumultueux, difficile,
obstiné, lui et sa fougue passionnée, pour la danse, pour ce qu’il entreprend,
pour les deux cousins qu’il apprend à aimer, lui et son humour parfois en total
décalage avec cet homme tendu et nerveux qu’il sait être aussi… Dorian est
insaisissable. Il y a eu des moments où j’en venais presque à le détester de n’être
pas capable de renoncer à ses plans, de vouloir aller au bout de son but si
ridicule au vu de la situation, d’être cet homme colérique et vengeur capable
de s’en prendre aux mauvaises personnes… Et puis à d’autres, la majorité d’entre
eux, on s’attache incroyablement à lui, et on se plait à suivre son point de
vue dynamique, rempli d’émotions et de questionnements sans fin…
Vous
pouvez l’imaginer, forcément, entre Dorian, Jin et Ryôma, le cocktail sera
explosif, et l’histoire pleine de remous et de rebondissements sans fin. La fin
est un beau feu d’artifice aussi inattendu qu’émouvant, que j’ai énormément
aimé, et qui m’a évidemment donné envie de débuter aussi sec le second volume
de cette belle histoire. Et de replonger derechef dans cette ambiance années 30
qui est purement magique.
Une
histoire à découvrir, entre émotions, intrigue, lyrisme et érotisme, un récit
rempli de peps, de douceur et de violence, un mélange incroyable qui ne peut
laisser indifférent et que j’ai réellement savouré.
Points
positifs : une
plume magnifique et d’une précision acérée ; des personnages attachants,
intrigants, forts et très bien campés ; une ambiance années 30 très bien
retranscrite et des atmosphères dans lesquelles on se laisse couler facilement ;
des scènes érotiques superbes ; une intrigue très poussée et mystérieuse.
Points
négatifs : quelques
longueurs dues à de longues descriptions ; on suit les points de vue de
trop de personnages à mon goût ; des chapitres que je trouve trop longs et
qui du coup cassent un peu le rythme.
Note : 4,7/5

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