lundi 13 octobre 2025

[Chronique] Niell et le phare du chaos - Sascha Lahaie

 Niell et le phare du chaos - Sascha Lahaie






Titre: Niell et le phare du chaos
Auteurice: Sascha Lahaie
Illustrateurice: Feilyn
Éditions YBY
Genre: fantasy queer, feel-good, novella
Âge: tout public
One-shot



SERVICE PRESSE


Résumé:

Niell a trouvé une place de domestique auprès de Léandre, un magicien exubérant mais sujet à la déprime. Quand æl ne doit pas se battre contre la pagaille généralisée et son attirance pour son employeur, Niell a la sensation qu’un mystère plane autour de lui… Bah ! Æl ferait mieux de retourner à sa tâche : le phare ne va pas se nettoyer tout seul !

Chronique d'Aurélie

Tout d’abord un immense merci à YBY Éditions pour leur gentillesse continuelle, leur disponibilité et… ce roman coup de douceur.

Je tiens particulièrement à remercier l’équipe qui m’a envoyé ce service-presse alors que je n’avais pas fini encore le précédent (que j’ai fini entre temps, mais bon). Merci pour votre confiance <3

J’avais flashé sur la couverture, aussi avais-je hâte de m’y plonger ! Tout m’intriguait : l’illustration, le titre, le résumé, les personnages… Bref, j’ai sauté les deux pieds dans cette novella, et malgré mon état de fatigue actuel, j’ai tout de suite plongé dans l’histoire, que j’ai dévorée.

Avant de démarrer, petite précision : je vais utiliser l’écriture inclusive « traditionnelle » pour parler de Niell, car je ne maîtrise pas celle utilisée par l’auteurice dans cette histoire. J’ai adoré ce point, pourtant, dans le récit ! L’utilisation du « ael », d’une écriture inclusive originale et inhabituelle, que j’ai trouvée très compréhensible (bon, j’admets n’avoir aucun mal avec l’écriture inclusive, au contraire, je l’apprécie, mais celle-ci m’a particulièrement plu !). Désolé·e Niell, je dirai donc bien « ael » pour parler de toi, mais on va devoir se contenter ici de quelque chose de plus maîtrisé afin de ne pas s’emmêler les pinceaux. J’espère que tu ne m’en tiendras pas trop rigueur !

La plume de l’auteurice est douce, légère, remplie de peps et d’humour, et elle fait du bien. Malgré des sujets qui pourraient être lourds pour certains, on se sent ici dans une bulle sécurisée, et j’ai passé un merveilleux moment très immersif, sans m’ennuyer à aucun moment.

Tout commence avec Niell, domestique dans le phare de Léandre, un magicien… terriblement bordélique. Et très original. En tant que personne, et en tant que patron. Nous reviendrons sur le caractère unique de ce personnage, mais concentrons-nous un peu sur l’adorable (et râleureuse) Niell. Cellui-ci est préposé·e au ménage et à la cuisine du phare, bref, aux tâches ménagères. Et ce n’est pas qu’ael ne les fait pas correctement, en vérité : c’est surtout Léandre et son foutoir immonde, le problème… surtout quand certains objets menacent de t’attaquer quand tu les déplaces !

Niell râle donc beaucoup après son patron, et à raison. Ce n’est même plus le bordel, dans ce phare : c’est carrément le chaos. Le titre est très bien choisi… Il y en a partout : sur tous les espaces planes, sur le sol, dans les escaliers… et même jusque dans la propre chambre de Niell et dans la cuisine !

Il y a de quoi bougonner un peu, quand on est empêché·e d’accomplir correctement sa mission à cause de telles conditions, non ?

Niell ne se contente pas de marmonner dans son coin sans oser le dire à son patron, cependant, non : ael ose lui dire sa façon de penser, quitte à parfois se demander si ael ne va pas finir viré·e à cause de son franc-parler.

Mais voilà… Léandre est un original, a-t-on dit : il n’a pas l’air de toujours l’écouter, et parfois, Niell se demande même s’il ne se fout pas un chouilla de sa gueule, quand même. Avec son petit sourire et sa manière de détourner la conversation, il y a de quoi s’outrager, non ? Et puis s’il arrêtait deux minutes de n’en faire qu’à sa tête tout en exigeant que le phare soit propre… Mais non, il n’écoute pas, et ses arguments sont tous plus tarabiscotés les uns que les autres.

Cependant, on peut lui reconnaître une chose : il ne s’énerve pas après saon domestique indocile qui dit ce qu’ael pense, et il a même l’air de trouver cela… rafraîchissant ?

La relation entre ces deux-là est donc basée sur d’incessantes chamailleries, mais au fond, sous les prises de bec et l’agacement, on sent une véritable complicité grandir, et des sentiments… un peu flous.

Non, Niell n’éprouve rien pour son irritant patron.

Et non, Léandre n’est très certainement pas intéressé par ael, c’est simplement une illusion, c’est sûr !

La romance, tout en filigrane et avec beaucoup d’humour, est intéressante, légère, touchante. Elle est centrale sans l’être, car finalement, il va s’en passer, des choses, dans ce phare isolé rempli de mystères !

L’univers n’est pas très détaillé (dans une novella, c’est compliqué !), mais la magie, par contre, est intéressante et originale : des objets pris d’une vie propre, un magicien qui utilise des cartes comme support à ses pouvoirs (je ne vous en dis pas plus, c’est passionnant, cet aspect de la novella, et je préfère vous le laisser découvrir par vous-mêmes !), et d’autres aspects que l’on explore au fil des pages, alors que l’on s’approprie un peu l’histoire.

Sous couvert d’un récit léger et humoristique, nous allons peu à peu nous apercevoir que bien des secrets planent sur ce phare, sur Léandre, sur les objets animés… et sur Niell. Cela devient de plus en plus précis et présent à partir du moment où Niell, qui n’était pas censé·e être un· magicien·ne, apprend avec l’aide de Léandre à maîtriser des sorts simples pour l’aider dans son ménage.

Léandre qui, au passage, lui interdit de pratiquer seul et semble le surveiller quand ael utilise des sortilèges…

Et d’où lui viennent ces accroches de souvenirs si flous, qui lui appartiennent mais dont ael ne se souvient pas vraiment ? Quelles sont ces impressions de « déjà vu » que Niell ne parvient ni à comprendre, ni à élucider ?

L’histoire s’approfondit au fur et à mesure que l’intrigue se précise, et des thématiques plus lourdes, plus douloureuses surgissent peu à peu. On avait déjà la bipolarité de Léandre, discrète mais non moins présente, en fond, assez rapidement. Les thématiques vont se creuser, et certaines sont douloureuses. Cependant, le ton toujours assez léger et bienveillant nous permet de garder notre bulle ouatée autour de nous et d’aborder ces thèmes en toute sécurité.

Il y a énormément de respect et d’affection dans cette histoire, malgré les râlages de Niell. On va parler de limites, de consensualité, avec des personnages sincères, émouvants, honnêtes, même si certains secrets seront difficiles à encaisser. Si la communication n’est pas toujours évidente, les personnages avancent malgré tout et essaient de trouver des compromis, des terrains d’entente, tout du long… et surtout d’évoluer avec la situation.

J’ai adoré les discrètes intentions de Léandre, son désarroi quand l’histoire prend un tournant inattendu, sa culpabilité et son impuissance, son besoin de se faire pardonner, mais pas si c’est en empiétant sur les sentiments de Niell… J’ai adoré sa manière de percevoir Niell, avec bien plus de respect et de considération qu’on ne l’aurait d’abord pensé. Il a juste sa manière de fonctionner, pas toujours très fonctionnelle, d’ailleurs, mais il se remet beaucoup en question malgré tout.

J’ai aimé aussi le franc-parler de Niell, qui dit ce qu’ael pense sans violence, mais parfois avec véhémence, qui cherche à se faire respecter, quitte à faire fi des classes sociales. J’ai apprécié sa manière de gérer ses émotions quand tout dérape, cette demi-mesure, ce besoin de repli avec, malgré tout, cette sollicitude qui reste là, en fond, et contre laquelle ael lutte pour se respecter ael-même et s’écouter un peu.

J’aurais voulu une suite. Vraiment. J’étais à fond, et j’ai tellement aimé cette histoire, j’aurais adoré continuer de suivre ces deux personnages, savoir ce qu’il se passerait après. Mais ceci n’est pas une critique cependant. J’ai trouvé la fin jolie, doucement émouvante, et elle est parfaite en soi. Elle ne clôt pas vraiment : elle ouvre sur bien d’autres choses…

Un coup de cœur douceur et bien-être pour un récit léger mais non moins profond et des personnages aussi atypiques qu’attachants. Merci pour ce beau moment qui m’a fait beaucoup de bien <3


Points positifs : une écriture douce, légère et agréable ; une histoire humoristique mais avec de belles profondeurs ; des personnages attachants, respectueux et bienveillants ; une relation à la fois complice et faite de disputes à la fois touchantes et drôles ; des magies intéressantes et originales ; des mystères qui s’accumulent et rendent le récit palpitant.

Points négatifs : on peut avoir une suite ? O:) 



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