lundi 13 janvier 2025

[Chronique] Le soldat qui m'a rendu mes nuits - Yoh Matsumoto

 

Le soldat qui m'a rendu mes nuits - Yoh Matsumoto



Titre: Le soldat qui m'a rendu mes nuits
Auteurice: Yoh Matsumoto
Éditions Taifu comics
Genre: manga, yaoi, historique, romance
Âge: 16+
One-shot



SERVICE PRESSE



Résumé:

1950, Japon

Seishirou, ancien soldat traumatisé par la guerre, peine chaque soir à trouver le sommeil. Afin d’occuper ses nuits et de gagner sa croûte, il travaille comme serveur dans un cabaret près d’une base militaire américaine. Un soir, il est approché par Jim, un soldat américain qui parle couramment japonais. Seishirou est intrigué par la douceur du sourire de Jim, qui lui avoue être attiré par lui. Le Japonais aperçoit alors une chance d’améliorer son quotidien difficile…

L’histoire douce-amère d’un rayonnant soldat américain et d’un ex-soldat japonais insomniaque.


Chronique d'Aurélie

Tout d’abord un grand merci à Taifu comics pour ce beau partenariat !

La couverture m’a tout de suite embarqué·e dans l’univers de Sieshirou et Jim. Je la trouve magnifique, romantique et douce, et en même temps, on sent que l’histoire ne sera pas facile. Le dessin est splendide, tout comme les illustrations à l’intérieur du manga, qui sont de toute beauté.

Les scènes de sexe, assez rares, sont censurées, mais assez légèrement, et comme presque tout est fait pour qu’on ait droit à de l’érotisme sans trop en voir, ce n’est pas gênant outre-mesure.

Il s’agit d’un manga historique, et si vous me suivez depuis un moment, vous savez que l’historique est mon genre favori ! J’ai donc pris un immense plaisir à lire cette histoire qui se déroule dans le Japon d’après-guerre, dans les années 50, alors que les Américains s’attardaient sur le territoire japonais.

C’est une histoire d’amour entre deux soldats, qu’on pourrait dire de deux camps « ennemis », mais en vérité ce n’est pas tant un élément important dans l’histoire, surtout que Seishirou n’est plus soldat et que la guerre ayant été perdue, les Japonais cherchent avant tout à survivre et à utiliser les Américains, s’ils le peuvent, comme support pour s’en sortir, voire pour s’exiler aux États-Unis. C’est d’ailleurs le cas de Seishirou, qui va d’abord voir l’attirance et l’affection de Jim comme une chance de pouvoir recommencer sa vie ailleurs, protégé par un soldat américain qui rentrera sans doute au pays couvert de gloire.

L’ambiance de ce récit étant une ambiance d’après-guerre, elle est nostalgique. On y a droit à des soirées et des nuits endiablées, dans des bars, dans des lieux de plaisir ou de jeux, et pourtant on y ressent la condition difficile des japonais, peuple de vaincus qui fait tout pour arriver à survivre au jour le jour. On y sent les tensions Japonais/Américain, et en même temps cette cohabitation plutôt paisible laisse une sensation d’amertume mélancolique, d’autant plus que Sei ne peut plus dormir à cause des ravages de la guerre, au cours de laquelle il a perdu son frère, des amis… On y sent donc les dégâts occasionnés par la guerre terminée, les fantômes du passé qui resurgissent par bribes, laissant au récit ce goût un peu particulier d’une époque perdue entre passé, présent et un futur qui semblait encore bouché, ou faits d’espoirs fous.

Les deux personnages sont attachants, dans leur personnalité, leurs complémentarités, leurs différences. Jim est gay et s’assume en tant que tel, même si ce n’est pas facile à cette époque, même pour un soldat américain. Sei, lui, ne l’est pas. Il aime les femmes, mais perçoit dans l’intérêt de Jim une porte de sortie. Il rêve de gagner les USA et se dit qu’en séduisant Jim, il pourrait partir avec lui.

Évidemment, à force de côtoyer le lumineux, souriant et adorable Jim, toujours si attentionné, il va l’affectionner de plus en plus, jusqu’à en tomber amoureux. Il aime la douce sérénité de cet homme, sa positivité, son immense intérêt pour la culture japonaise. Le fait qu’il parle japonais est étonnant et touche Sei qui, pour sa part, ne parle guère que quelques mots d’anglais, et va apprendre cette langue sous la bienveillante tutelle de son ami et amant.

La romance est douce, lente, progressive, complexe. C’est une époque où l’homosexualité était mal vue, plus encore quand il s’agissait d’une relation entre un Japonais et un Américain. Même s’il y avait beaucoup d’histoires cachées entre des soldats américains et des hommes japonais, ce n’était pas dit, c’était gardé très secret. Jim admet que même aux USA, c’est compliqué pour lui d’être homosexuel, car c’était bien plus tabou encore aux États-Unis qu’au Japon, où ce genre de relations étaient encore tolérées à l’époque, quoiqu’elles pouvaient poser l’opprobre sur la famille des concernés. Malgré tout, Jim refuse d’être quelqu’un d’autre que lui-même, et s’il joue le jeu de la société en cachant son orientation sexuelle et en demandant à Sei d’être discret concernant leur relation, n’empêche qu’il ne cherche pas non plus à se caser avec une femme et à fonder une famille pour sauver les apparences.

Le sexe, entre les personnages, est complice, explorateur et assez réaliste. Sei n’est pas homosexuel et n’a jamais connu d’homme. Jim est doux, patient, maladroit, parfois, aussi, tout dans le contrôle. Il ne veut pas faire de mal à Sei, et veut aussi se protéger en prenant son temps. C’est beau et un peu magique, même si c’est aussi très « cru » et réel.

Cette histoire est donc une magnifique histoire un peu douce-amère, tragique, entre douceur et drame. La fin reste très positive, je ne vous en dirai rien mais je ne peux que vous conseiller de foncer, car ce manga est un gros coup de cœur, pour moi, que je suis content·e d’avoir découvert ! <3


Points positifs : des personnages attachants, très travaillés, doux et complices, mais aussi très différents l’un de l’autre ; une romance historique dans un monde d’après-guerre, avec une ambiance douce-amère magnifique et prenante ; une relation interdite, tragique mais magnifique, touchante et bouleversante.

Points négatifs : pas trouvés







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