jeudi 14 décembre 2023

[Chronique] Cinder Ella - Axel Rolf & Evan Regan

  Cinder Ella - Axel Rolf & Evan Regan









Titre: Cinder Ella
Auteurice: Axel Rolf et Evan Regan
Auto-édition
Genre: roman, romance LGBT+, conte revisité



SERVICE PRESSE



Résumé:

Toutes les histoires d’amour sont-elles faites pour se terminer par « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » ?

Cinder Ella est le prostitué le plus convoité de La Tour de Verre. Dans cette maison close de La Nouvelle-Orléans déguisée en nightclub huppé, La Marâtre et ses deux fils prennent un malin plaisir à faire de son quotidien un enfer. Prisonnier et résolument découragé par la vie, Cinder se laisse un jour tenter par une proposition dangereuse mais terriblement alléchante. Le deal du Parrain est simple : en échange d’une porte de sortie, il doit se rendre à un Gala afin d’y séduire un homme et en repartir avant les douze coups de minuit. Sa cible ? Prince Méneval, le jeune héritier d’une illustre famille louisianaise et champion d’escrime à l’arrogance légendaire.
Cinder et Prince sont loin de se douter que leur rencontre sera le déclencheur de leur déchéance. Car sur l’échiquier du pouvoir, le roi est encore plus vulnérable que les pions.

Chronique d'Aurélie

Tout d’abord, un grand merci à Axel et Evan pour ce service-presse et leur gentillesse, ainsi que les échanges avec eux !

J’avais suivi de loin la sortie de ce roman, qui m’avait tout de suite intriguée, mais à l’époque je n’arrivais guère à lire, donc j’ai laissé mon envie de côté. Et puis récemment, le quatrième volume de la série « Il était une fois… » (constituée de revisites de contes qui se lisent totalement indépendamment), Snow White, est sorti, et j’ai eu la chance de pouvoir le lire en service-presse. Comme ça a été un coup de cœur, je me suis dit que j’allais en profiter pour lire les autres volumes.

J’ai donc décidé de commencer par Cinder Ella, qui me faisait de l’œil. Tous me tentent énormément, mais j’aime les histoires parlant de prostitution et le fait que le récit se déroule à New Orleans m’a particulièrement attirée.

C’est donc avec joie que je me suis lancée dans cette nouvelle lecture, qui en effet est totalement différente de Snow White. Nous entrons dans l’univers sombre de Cinder, prostitué forcé dans une maison de passe friquée de la Nouvelle-Orléans se dissimulant sous couvert d’être un club VIP. Nous y retrouvons les codes de Cendrillon, mais totalement remaniés : la Marâtre est littéralement le nom que prend la belle-mère de Cinder, propriétaire du bordel, se servant de son beau-fils qu’elle déteste pour s’enrichir en le prostituant et en le menaçant. Les deux « sœurs » sont ici des jumeaux, vigiles gardant férocement le bordel et haïssant tout autant Cinder. Ce qui est bien sûr très réciproque.

J’ai trouvé les interactions entre Cinder et ces personnages très intéressantes. Axel et Evan se sont attachés à garder certains codes tout en les modernisant et en les détournant. La relation de Cinder et Warren, l’un des frères, est particulièrement intéressante (quoique très malaisante, volontairement). J’aurais souhaité que La Marâtre prenne plus de place, afin que l’on perçoive davantage la menace qu’elle représente, mais d’un autre côté, justement elle est un peu cette ombre menaçante qu’on ne peut pas tout à fait saisir, maîtresse de la Tour de Verre, exigeante, parfois cruelle, ayant le bras très long, cette femme que l’on fuit et qui garde ses secrets…

Cinder, lui, nous intrigue immédiatement. En entrant dans son domaine, on ne peut que compatir avec lui, et ce malgré sa personnalité bien trempée, son âme de fer, son désir de fuir ses propres émotions. On les sent courir sous sa peau, bien cadenassées mais non moins présentes. Et surtout, on découvre un jeune homme solitaire, un peu sauvage mais finalement empli de bienveillance, qui se retrouve à faire face à des choix impossibles et à tenter de survivre dans un monde qui lui en veut sans réelle raison (même s’il y a une raison à la haine de la Marâtre, elle n’excuse et ne justifie en rien les crimes de cette dernière).

Cinder, donc, est un personnage attachant mais qui sait nous tenir à distance, comme s’il refusait que nous nous emparions totalement de son univers… Cela ne nous donne que plus envie d’apprendre à le connaître.

De l’autre côté de la balance, il y a Prince. Si Cinder est l’ombre, il est la lumière. On découvre d’abord un homme fier, un peu arrogant mais pas méchant, un bon fond et une bonne dose d’orgueil, un sportif qui fuit les responsabilité que son grand-père tente de lui mettre sur le dos et dont il n’a jamais voulu. Lui, tout ce qui l’intéresse, c’est sa carrière d’escrimeur et les mecs qu’il baise avec… souvent trop peu de discrétion.

Le reste, il s’en fout.

Cet homme habitué à gagner, qui contrôle son univers malgré la force d’âme de ce grand-père qui voudrait bien le contrôler davantage, de son côté, va se retrouver à devoir affronter un champ de ruines qu’il ne maîtrise plus. Toute sa vie s’effondre du jour au lendemain, et son corps aussi bien que les réponses lui échappent…

S’il peut parfois être agaçant, à chercher à se raccrocher à son ancienne vie finalement assez futile et à vouloir tout de même être « au-dessus », on ne peut qu’être touché par lui au fur et à mesure où il réalise qu’il ne maîtrise plus rien, qu’on lui a tout volé et qu’il ne lui reste plus rien de ce passé dont il était si (trop) fier. Ses remises en question nous le rendent plus attachant, et sa quête de réponse est passionnante. Il nous embarque avec lui sans mal. Parfois, ses exigences nous donnent un peu envie de le secouer, mais la vie et ses ennemis (et Cinder, aussi) s’en chargent très bien pour nous. Tous les coups que prend Prince le rendent plus humain, plus troublant, plus accessible. C’est un personnage que j’ai beaucoup apprécié, malgré une personnalité un poil désagréable au départ (mais bon en même temps au moins il a toujours été franc, c’est quelque chose que j’apprécie chez lui !).

Mélange de romance et d’enquête, ce roman nous emporte dans un tourbillon d’émotions, d’aventures, de peurs et de joies qui ne vont pas nous laisser indifférents. Le rythme est parfois lent, parfois haletant, mais jamais ennuyant. En fond, des airs de jazz viennent caresser nos oreilles, et l’ambiance si particulière de New Orleans et de ses environs (les bayous, notamment) m’a totalement embarquée. Moi qui suis plus auditive que visuelle, j’ai apprécié ces nombreuses références à la musique qui m’ont permis de m’engloutir davantage dans l’histoire et d’appréhender mieux encore l’atmosphère.

Malgré quelques petites maladresses, le style des auteurs est rythmé, agréable, fluide et entraînant. Difficile de fermer le livre une fois plongée dedans ! Il n’y a bien que la fatigue des derniers jours qui m’a obligée à fractionner mes lectures, mais à chaque fois que j’ai dû m’arrêter, je ne pouvais m’empêcher de lire les premières phrases du chapitre suivant et d’être terriblement frustrée de devoir relâcher ma liseuse…

Les scènes de sexe, elles, sont très variées, pas omniprésentes mais bien là tout de même, que ça soit entre Cinder et Prince ou dans la maison de passe. C’est quelque chose que j’apprécie dans le style d’Axel et Evan : il n’y a pas une surenchère de sexe, chaque scène a du sens et on  n’est pas étouffé par trop d’érotisme inutile, malgré tout la sensualité est présente et la tension monte facilement, avec des protagonistes qui s’aimantent et se cherchent. J’ai apprécié le fait qu’il n’y ait pas de censure sur ces moments de prostitution, cela permet d’entrer dans la tête de Cinder de manière plus profonde, et comme c’est un des thèmes centraux de l’histoire, ça tombait aussi sous le sens. Une chose que j’ai particulièrement aimée : la protection est bien présente, particulièrement dans le bordel où tous les actes sont protégés. Merciiii pour cette représentation positive et safe du sexe, si importante, que l’on voit hélas si peu ! <3

Une autre chose que j’ai énormément aimée dans cette histoire : les représentations que l’on y trouve. New Orleans oblige, beaucoup de personnages racisés, méchants comme gentils, dont Cinder, qui est métis. On y parle aussi de handicap, je ne vous en dis pas plus à ce sujet pour ne pas vous spoiler mais j’ai beaucoup apprécié cet aspect du roman.

Un nouveau coup de cœur pour un roman haletant, musical, dynamique et troublant, dans une ambiance à la fois sombre et lumineuse, entre bayous et fêtes, entre quête de justice et mafia… Merci infiniment pour cette très belle lecture <3


Points positifs : une écriture dynamique et entraînante ; une ambiance immersive et musical ; un cadre magique (Nouvelle-Orléans) ; de nombreuses représentations variées et inclusives ; des personnages troublants, attachants, humains ; une enquête de fond qui apporte son lot de mystère autant que de rebondissements ; des scènes de sexe protégées

Points négatifs : quelques maladresses d’écritures.









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