mardi 25 février 2020

[Chronique] New York, 1954 - Séverine Mikan

Fragments d'éternité, tome 2: New York, 1954 - Séverine Mikan





Titre: New York, 1954
Autrice: Séverine Mikan
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Genre: romance M/M, historique, art
Série de romans à travers différentes époques historique, il s'agit donc d'un one-shot malgré tout



Résumé:


New York, 1954.


Une époque de liberté et de contrainte, d'art et de censure, de passion et de tabou. C'est l'Amérique violemment belle à l'aube de sa toute puissance. Nathan vit ici, au cœur de Manhattan, d'images en noir et blanc et de l'éclat des flashs. Nathan est photographe. Sur son chemin, un matin enneigé, surgit Neal. Le modèle idéal, un éclair de vie ouvert au monde, curieux des autres, alors que Nathan se cache, faussement sûr de lui, derrière les murs d'un passé en camaïeux de gris. Neal va le surprendre, le perdre et le rattraper. Neal va faire naître en lui une lumière, fragile et précieuse, pour laquelle Nathan devra se battre. Cette lumière c'est l'inspiration. Cette lumière c'est ... tellement plus que ça.
La saga Fragments d'éternité est un voyage par étapes dans l’Histoire. D’une époque à une autre, d’un pays à un autre, partez à la découverte de ces amours passionnés que la Morale et les lois ont réprouvé avec acharnement mais qu’aucune force n’est jamais parvenue à étouffer complétement.



Chronique d'Aurélie


Ayant adoré le tome 1 de la saga des « Fragments d’éternité » (et c’est peu dire, « Paris, 1899 » avait été un magnifique coup de cœur), j’ai acheté ce volume-ci, ayant hâte de le découvrir à son tour. Le sujet, de plus, m’attirait particulièrement. Je suis particulièrement sensible au monde artistique et aux interactions d’un artiste et de sa muse. Je savais, de toutes les manières qui soient, que ce roman-ci serait encore un coup de cœur.
Ce qui m’a frappée, dès l’entrée dans ce roman, c’est le style d’écriture. Nous retrouvons ici la plume de Séverine, bien sûr. Mais la manière dont elle manie les mots est fort différente de l’ambiance posée dans « Paris, 1899 ». Ici, nous sommes en plein dans une autre époque, un autre lieu. Le New York bourdonnant des années 50, la ville qui jamais ne se repose et jamais ne se tait. L’effervescence de ce temps après-guerre, de la construction d’un monde plus moderne, né des cendres de l’ancien.
Une terre et une époque où rêves et espoirs sont permis.
Où la lumière accroche les ombres du passé et ouvre à certains les portes de la réussite.
Après tout, c’est le thème, ici ; Nathan est un simple photographe d’une revue people en vogue, mais il souhaiterait être tellement plus. Ce qu’il recherche, c’est la renommée artistique, percer dans ce milieu qui lui semble presque à portée de main… Presque. Il lui manque encore quelque chose, un souffle d’inspiration qu’il cherche sans le trouver.
Jusqu’à cette rencontre, ce choc, cet inconnu qui va bouleverser sa vie. Un visage tellement expressif, des yeux qui sont comme les miroirs d’une âme pure, enthousiaste, entière, une étincelle, et l’existence de Nathan bascule soudain.
Il l’a trouvée, sa muse !
Ce « petit quelque chose » qui fait vibrer son cœur d’artiste et lui donne envie de créer, encore et encore ! Qui le sort définitivement des sentiers battus, le projette dans la vie trépidante de son époque à corps perdu, lui qui toujours s’est retenu…
Il faut le dire, l’époque est peu propice à savourer complètement lorsqu’on est gay. Temps dangereux, peuplé d’ombres pour ces hommes et ces femmes, particulièrement ces hommes, d’ailleurs, qui vivent et aiment différemment. Le climat est à la peur, peut-être même à la paranoïa. Partout, des homosexuels sont tabassés, emprisonnés, tués, même.
Et le passé de Nathan lui a appris à rester toujours sur sa réserve.
Mais comment ne pas avoir envie de foncer, de vivre, d’aimer, face à quelqu’un d’aussi extraordinaire que Neal ? Une lumière dans ce monde d’ombres dangereuses. Un espoir qui dépasse l’entendement. Nathan lutte entre son « bon sens » et l’inspiration qui bouillonne en lui. Mêlée à quelque chose d’autre, quelque chose de grand… quelque chose qui l’effraie un peu. Pas seulement parce qu’il craint le regard du monde et ses conséquences, non. Aussi parce que l’attirance qu’il éprouve pour son jeune modèle dépasse de loin le simple besoin artistique. Neal n’est pas qu’une source d’inspiration fascinante et inépuisable. Il est aussi l’ami, et le Désir. Ce désir qui le tenaille, qu’il recherche tout en le fuyant.
Peut-on aimer sa muse ?
Accomplir ces quelques derniers pas qui le séparent de Neal ne va-t-il pas briser la magie de son inspiration presque « divine » ? Ce souffle créatif qui embrase sa vie résistera-t-il à l’amour qu’il éprouve pour ce jeune homme incroyable, dont il s’éprend pas à pas, incapable de résister, subjugué par ce mélange de passion et d’intérêt artistique qui se mêlent en lui, le transcendent, le pousse à se dépasser ?
Que se passera-t-il s’il cède au Désir ?
Que se passera-t-il si son amour devient si fort qu’il est prêt à jouer l’engagé, à affronter le monde et ses regards réprobateurs face à ce qui s’apparente encore à une perversion ? Comment concilier art, amour, homosexualité et vie sociale ?
Ce roman est une romance, mais il est aussi bien plus. Une plongée dans le New York des années 50, avec ses déambulations dans les rues et les différents quartiers de la ville, sa musique, ses références, son ambiance si unique. Le style de l’autrice se plie à cette époque avec brio, nous donnant plus encore l’impression de nous y fondre. D’ailleurs, la fin se déroule six ans plus tard (je ne vous en parlerai pas, de cette fin, je ne souhaite bien sûr pas spoiler ^^), en 1960, donc, et l’atmosphère posée par la plume de Séverine y est tout à fait différente. On sent les années beatnik débarquer, les couleurs peupler la photo, nous emportant dans un autre rythme, une autre période, si proche et pourtant si différente.
Autre élément important et central du récit, la photographie, bien sûr. Et l’art en général. La photo y prend une place première, évidemment, puisqu’il s’agit là du métier de Nathan, de sa passion, de ce qui réunit, en premier lieu, nos deux héros, à travers la thématique du portrait, de la muse, de cette inspiration artistique qui grandit et se décline de mille manières à travers le récit. Chaque chapitre porte un nom en lien avec la photographie, et ce mot nous est expliqué en quelques lignes, à chaque fois. C’est instructif tout en restant léger.
Nous y plongeons dans un univers encore en noir et blanc, qui est d’ailleurs peu souvent dépeint en couleurs par la plume de Séverine. À part la lumière rouge de la chambre noire dans laquelle on développe encore, à l’époque, les photos, les lèvres rouges de Neal, les couleurs sont peu présentes, et pourtant elles ne manquent pas. D’abord parce que le noir et blanc est magnifique, en photographie, il donne du relief aux choses, accentue les contrastes, les ombres et les lumières, et que cet écho à travers les portraits dressés par l’autrice est tout simplement magnifiquement mené. Ensuite, parce que cela crée naturellement le contraste avec la fin de l’histoire dans laquelle, je vous l’ai dit, on change de période (et de lieu).
Le récit est rythmé par les photos de Nathan. Les scènes sont parfois décrites à la manière de clichés. Le « clic » est audible, car posé en mots. On le lit, on l’entend. Entre chaque clic, une pose, un instant capturé, rendu par les mots de manière si visuelle que l’on perçoit chacun de ces portraits, chacune de ces scènes qui se figent et pourtant restent vivantes à travers l’œuvre du photographe. C’est assez magique.
Évidemment, si le récit est ponctué de ces « photos », ce n’est pas toujours le cas, et la plume de Séverine s’envole par moment, créant une ambiance, un instant, une scène vivante, vibrante, peuplée d’émotion. Il y a un vrai contraste entre l’arrêt sur image et la vie trépidante de New York et ses atmosphères si particulières et si diversifiées. Les scènes amoureuses entre Nathan et Neal, notamment, sont magnifiques. Entre création artistique et fusion des sens et des cœurs, ce sont des moments débridés, mais pas seulement (bon, petit détail pas très grave car il s’agit de fiction, mais j’ai eu un peu mal au cul pour Neal sous la douche sans lubrifiant ;) J’y ai pensé sur l’instant, mais ça ne gâche pas la magie de la scène, ceci dit ^^). C’est peuplé d’émotions, de ressentis, d’impressions, de tendresse et de passion.
D’autres arts sont présents dans le récit, à mon grand plaisir. D’abord, la littérature et le théâtre, les deux arts qui caractérise Neal, jeune étudiant en littérature et comédien talentueux mais inconnu. Une scène, notamment, au cours de laquelle Neal déclame un poème français de Verlaine, est particulièrement superbe et m’a beaucoup touchée. C’est aussi un peu le point d’orgue de la romance.
À travers les innombrables références dont est ponctué le récit, nous voguons également à travers les univers du cinéma, de la musique, de grands noms connus ou qui évoquent à nos oreilles une autre époque, de bien des manières. Le contexte socio-culturel des années 50 y est extrêmement bien rendu, les arts facilitant cette immersion totale.
Autre petit bonheur de l’histoire, on y retrouve un personnage secondaire mais important de « Paris, 1899 », et on y parle des deux héros de cette histoire. Ces « Fragments d’éternité » sont reliés, et cela m’a fait énormément plaisir d’avoir des nouvelles de ceux qui rêvaient, souffraient et aimaient avant Nathan et Neal… <3
Seul petit bémol, j’ai trouvé pas mal de coquilles dans le texte. C’est très loin d’être « bourré de fautes » au point de gêner vraiment la lecture, mais ça m’a régulièrement fait buter sur un mot. Cela n’a malgré tout pas suffi à me sortir de ma bulle, dans laquelle j’ai plongé entièrement avec Nathan et Neal, dans cette époque clair-obscur parfaitement retracée <3
Un très beau coup de cœur pour ce second opus, qui est à l’image que je m’en étais faite, et qui m’a beaucoup touchée. C’est avec des romans de ce calibre, de cette beauté, que j’affirme et réaffirme sans mal que l’historique reste, pour moi, parmi mes lectures favorites. Merci Séverine pour ce beau bijou <3 Je t’attends avec impatience pour le troisième volet de la saga des « Fragments d’éternité » ! <3

Points positifs : une plume magnifique, imagée, littéraire ; une ambiance qui nous plonge dans l’ambiance si particulière des années 50 ; un travail immense sur l’époque, qui permet d’investir le New York de 1954 en ayant l’impression d’y être ; deux héros merveilleux, touchants, justes et bouleversants ; une thématique autour de l’art, magnifiquement menée à travers la relation artiste/muse et les descriptions très imagées qui font penser à des photographies prises sur le vif.

Points négatifs : des coquilles qui reviennent très régulièrement et m’ont souvent fait buter sur des mots (mais ne gênent malgré tout en rien l’immersion dans l’œuvre et l’époque).


Note : 4,8/5



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