Fragments d'éternité, tome 2: New York, 1954 - Séverine Mikan
Titre: New York, 1954
Autrice: Séverine Mikan
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Genre: romance M/M, historique, art
Série de romans à travers différentes époques historique, il s'agit donc d'un one-shot malgré tout
Série de romans à travers différentes époques historique, il s'agit donc d'un one-shot malgré tout
Résumé:
New
York, 1954.
Une
époque de liberté et de contrainte, d'art et de censure, de passion et de
tabou. C'est l'Amérique violemment belle à l'aube de sa toute puissance. Nathan
vit ici, au cœur de Manhattan, d'images en noir et blanc et de l'éclat des
flashs. Nathan est photographe. Sur son chemin, un matin enneigé, surgit Neal.
Le modèle idéal, un éclair de vie ouvert au monde, curieux des autres, alors
que Nathan se cache, faussement sûr de lui, derrière les murs d'un passé en
camaïeux de gris. Neal va le surprendre, le perdre et le rattraper. Neal va
faire naître en lui une lumière, fragile et précieuse, pour laquelle Nathan
devra se battre. Cette lumière c'est l'inspiration. Cette lumière c'est ...
tellement plus que ça.
La saga Fragments d'éternité est un voyage par étapes dans l’Histoire. D’une époque à une autre, d’un pays à un autre, partez à la découverte de ces amours passionnés que la Morale et les lois ont réprouvé avec acharnement mais qu’aucune force n’est jamais parvenue à étouffer complétement.
Chronique d'Aurélie
Ayant adoré le tome 1 de la saga des « Fragments
d’éternité » (et c’est peu dire, « Paris, 1899 » avait été un
magnifique coup de cœur), j’ai acheté ce volume-ci, ayant hâte de le découvrir
à son tour. Le sujet, de plus, m’attirait particulièrement. Je suis
particulièrement sensible au monde artistique et aux interactions d’un artiste
et de sa muse. Je savais, de toutes les manières qui soient, que ce roman-ci
serait encore un coup de cœur.
Ce qui m’a frappée, dès l’entrée dans ce roman,
c’est le style d’écriture. Nous retrouvons ici la plume de Séverine, bien sûr.
Mais la manière dont elle manie les mots est fort différente de l’ambiance
posée dans « Paris, 1899 ». Ici, nous sommes en plein dans une autre
époque, un autre lieu. Le New York bourdonnant des années 50, la ville qui
jamais ne se repose et jamais ne se tait. L’effervescence de ce temps
après-guerre, de la construction d’un monde plus moderne, né des cendres de l’ancien.
Une terre et une époque où rêves et espoirs
sont permis.
Où la lumière accroche les ombres du passé et
ouvre à certains les portes de la réussite.
Après tout, c’est le thème, ici ; Nathan
est un simple photographe d’une revue people en vogue, mais il souhaiterait
être tellement plus. Ce qu’il recherche, c’est la renommée artistique, percer
dans ce milieu qui lui semble presque à portée de main… Presque. Il lui manque
encore quelque chose, un souffle d’inspiration qu’il cherche sans le trouver.
Jusqu’à cette rencontre, ce choc, cet inconnu
qui va bouleverser sa vie. Un visage tellement expressif, des yeux qui sont
comme les miroirs d’une âme pure, enthousiaste, entière, une étincelle, et l’existence
de Nathan bascule soudain.
Il l’a trouvée, sa muse !
Ce « petit quelque chose » qui fait
vibrer son cœur d’artiste et lui donne envie de créer, encore et encore !
Qui le sort définitivement des sentiers battus, le projette dans la vie
trépidante de son époque à corps perdu, lui qui toujours s’est retenu…
Il faut le dire, l’époque est peu propice à
savourer complètement lorsqu’on est gay. Temps dangereux, peuplé d’ombres pour
ces hommes et ces femmes, particulièrement ces hommes, d’ailleurs, qui vivent
et aiment différemment. Le climat est à la peur, peut-être même à la paranoïa.
Partout, des homosexuels sont tabassés, emprisonnés, tués, même.
Et le passé de Nathan lui a appris à rester
toujours sur sa réserve.
Mais comment ne pas avoir envie de foncer, de
vivre, d’aimer, face à quelqu’un d’aussi extraordinaire que Neal ? Une
lumière dans ce monde d’ombres dangereuses. Un espoir qui dépasse l’entendement.
Nathan lutte entre son « bon sens » et l’inspiration qui bouillonne
en lui. Mêlée à quelque chose d’autre, quelque chose de grand… quelque chose
qui l’effraie un peu. Pas seulement parce qu’il craint le regard du monde et
ses conséquences, non. Aussi parce que l’attirance qu’il éprouve pour son jeune
modèle dépasse de loin le simple besoin artistique. Neal n’est pas qu’une
source d’inspiration fascinante et inépuisable. Il est aussi l’ami, et le
Désir. Ce désir qui le tenaille, qu’il recherche tout en le fuyant.
Peut-on aimer sa muse ?
Accomplir ces quelques derniers pas qui le
séparent de Neal ne va-t-il pas briser la magie de son inspiration presque « divine » ?
Ce souffle créatif qui embrase sa vie résistera-t-il à l’amour qu’il éprouve
pour ce jeune homme incroyable, dont il s’éprend pas à pas, incapable de
résister, subjugué par ce mélange de passion et d’intérêt artistique qui se mêlent
en lui, le transcendent, le pousse à se dépasser ?
Que se passera-t-il s’il cède au Désir ?
Que se passera-t-il si son amour devient si
fort qu’il est prêt à jouer l’engagé, à affronter le monde et ses regards
réprobateurs face à ce qui s’apparente encore à une perversion ? Comment
concilier art, amour, homosexualité et vie sociale ?
Ce roman est une romance, mais il est aussi
bien plus. Une plongée dans le New York des années 50, avec ses déambulations
dans les rues et les différents quartiers de la ville, sa musique, ses
références, son ambiance si unique. Le style de l’autrice se plie à cette
époque avec brio, nous donnant plus encore l’impression de nous y fondre. D’ailleurs,
la fin se déroule six ans plus tard (je ne vous en parlerai pas, de cette fin,
je ne souhaite bien sûr pas spoiler ^^), en 1960, donc, et l’atmosphère posée
par la plume de Séverine y est tout à fait différente. On sent les années beatnik
débarquer, les couleurs peupler la photo, nous emportant dans un autre rythme,
une autre période, si proche et pourtant si différente.
Autre élément important et central du récit,
la photographie, bien sûr. Et l’art en général. La photo y prend une place
première, évidemment, puisqu’il s’agit là du métier de Nathan, de sa passion,
de ce qui réunit, en premier lieu, nos deux héros, à travers la thématique du
portrait, de la muse, de cette inspiration artistique qui grandit et se décline
de mille manières à travers le récit. Chaque chapitre porte un nom en lien avec
la photographie, et ce mot nous est expliqué en quelques lignes, à chaque fois.
C’est instructif tout en restant léger.
Nous y plongeons dans un univers encore en
noir et blanc, qui est d’ailleurs peu souvent dépeint en couleurs par la plume
de Séverine. À part la lumière rouge de la chambre noire dans laquelle on
développe encore, à l’époque, les photos, les lèvres rouges de Neal, les
couleurs sont peu présentes, et pourtant elles ne manquent pas. D’abord parce
que le noir et blanc est magnifique, en photographie, il donne du relief aux
choses, accentue les contrastes, les ombres et les lumières, et que cet écho à
travers les portraits dressés par l’autrice est tout simplement magnifiquement
mené. Ensuite, parce que cela crée naturellement le contraste avec la fin de l’histoire
dans laquelle, je vous l’ai dit, on change de période (et de lieu).
Le récit est rythmé par les photos de Nathan.
Les scènes sont parfois décrites à la manière de clichés. Le « clic »
est audible, car posé en mots. On le lit, on l’entend. Entre chaque clic, une
pose, un instant capturé, rendu par les mots de manière si visuelle que l’on
perçoit chacun de ces portraits, chacune de ces scènes qui se figent et
pourtant restent vivantes à travers l’œuvre du photographe. C’est assez
magique.
Évidemment, si le récit est ponctué de ces « photos »,
ce n’est pas toujours le cas, et la plume de Séverine s’envole par moment,
créant une ambiance, un instant, une scène vivante, vibrante, peuplée d’émotion.
Il y a un vrai contraste entre l’arrêt sur image et la vie trépidante de New
York et ses atmosphères si particulières et si diversifiées. Les scènes
amoureuses entre Nathan et Neal, notamment, sont magnifiques. Entre création
artistique et fusion des sens et des cœurs, ce sont des moments débridés, mais
pas seulement (bon, petit détail pas très grave car il s’agit de fiction, mais
j’ai eu un peu mal au cul pour Neal sous la douche sans lubrifiant ;) J’y
ai pensé sur l’instant, mais ça ne gâche pas la magie de la scène, ceci dit
^^). C’est peuplé d’émotions, de ressentis, d’impressions, de tendresse et de
passion.
D’autres arts sont présents dans le récit, à
mon grand plaisir. D’abord, la littérature et le théâtre, les deux arts qui
caractérise Neal, jeune étudiant en littérature et comédien talentueux mais
inconnu. Une scène, notamment, au cours de laquelle Neal déclame un poème
français de Verlaine, est particulièrement superbe et m’a beaucoup touchée. C’est
aussi un peu le point d’orgue de la romance.
À travers les innombrables références dont est
ponctué le récit, nous voguons également à travers les univers du cinéma, de la
musique, de grands noms connus ou qui évoquent à nos oreilles une autre époque,
de bien des manières. Le contexte socio-culturel des années 50 y est
extrêmement bien rendu, les arts facilitant cette immersion totale.
Autre petit bonheur de l’histoire, on y
retrouve un personnage secondaire mais important de « Paris, 1899 »,
et on y parle des deux héros de cette histoire. Ces « Fragments d’éternité »
sont reliés, et cela m’a fait énormément plaisir d’avoir des nouvelles de ceux
qui rêvaient, souffraient et aimaient avant Nathan et Neal… <3
Seul petit bémol, j’ai trouvé pas mal de
coquilles dans le texte. C’est très loin d’être « bourré de fautes »
au point de gêner vraiment la lecture, mais ça m’a régulièrement fait buter sur
un mot. Cela n’a malgré tout pas suffi à me sortir de ma bulle, dans laquelle j’ai
plongé entièrement avec Nathan et Neal, dans cette époque clair-obscur
parfaitement retracée <3
Un très beau coup de cœur pour ce second opus,
qui est à l’image que je m’en étais faite, et qui m’a beaucoup touchée. C’est
avec des romans de ce calibre, de cette beauté, que j’affirme et réaffirme sans
mal que l’historique reste, pour moi, parmi mes lectures favorites. Merci Séverine
pour ce beau bijou <3 Je t’attends avec impatience pour le troisième volet
de la saga des « Fragments d’éternité » ! <3
Points
positifs : une
plume magnifique, imagée, littéraire ; une ambiance qui nous plonge dans l’ambiance
si particulière des années 50 ; un travail immense sur l’époque, qui permet
d’investir le New York de 1954 en ayant l’impression d’y être ; deux héros
merveilleux, touchants, justes et bouleversants ; une thématique autour de
l’art, magnifiquement menée à travers la relation artiste/muse et les
descriptions très imagées qui font penser à des photographies prises sur le vif.
Points
négatifs : des
coquilles qui reviennent très régulièrement et m’ont souvent fait buter sur des
mots (mais ne gênent malgré tout en rien l’immersion dans l’œuvre et l’époque).
Note : 4,8/5

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