mercredi 15 août 2018

[Chronique] Le Tatouage - Collectif

Le Tatouage, recueil de nouvelles - Collectif





Titre: Le Tatouage
Auteur: collectif
Éditions MxM Bookmark, collection appel à textes
Genre: recueil de nouvelles, romance MM, contemporain/fantastique/horreur/post-apo



SERVICE PRESSE




Résumé:


5 auteurs de talent autour d’un même thème, 5 interprétations différentes du Tatouage.

Juste un point dans un motif, Célia Deiana. Dans ce monde alternatif les âmes soeurs portent le même tatouage.

The hypocrite's horror show, AurElisa Mathilde. 1958, Tenessee. Quand le surnaturel rencontre la réalité.

D'ancre à encre, Reru. Deux opposés, deux amis. De l'eau, de l'encre et de l'amour.

No futur, Soyilana. Il a été choisi. Il a maintenant 13 jours pour intégrer un groupe ou mourir.

Road Tripping, F.V. Estyer. Un road trip, deux inconnus et une semaine pour apprendre à se connaitre.



Chronique d'Aurélie


Tout d’abord, un immense merci à MxM Bookmark pour ce service presse magique et poétique qui fut un très bon moment de lecture.

Quand j’ai vu qu’un tel recueil allait sortir, évidemment je me suis réjouie et je me suis jetée dessus. Le thème est intéressant, original, même si l’on voit de plus en plus de héros tatoués, recentrer non pas une mais plusieurs histoires sur ce thème était vraiment une très belle idée.

Il n’est pas évident de chroniquer un recueil. Je me suis demandé si j’allais faire une chronique globale, ou détailler chaque texte. J’ai décidé d’opter pour la seconde possibilité et de vous parler un peu de chacun de ces récits qui constituent ce recueil.


D’ancre à encre, Reru

Nous démarrons ce recueil par un séjour agité à l’océan, sur la côte Atlantique, aux côtés de Stan et Julien. Deux amis d’enfance qui s’aiment de tout cœur, mais dont la façon de s’aimer diffère… au moins à première vue. Julien est amoureux de Stan, mais ne lui a jamais rien dit. Ça se sent dès le début du récit, même si ce n’est pas directement dit, on sent la tension qui règne dans l’esprit de Julien, même si aux côtés de Stan, tout est facile, doux et agréable. Et ça m’a tout de suite touchée.

Ces deux-là sont aussi différents que complémentaires. Duo improbable, ils s’entendent à merveille, se disputent parfois, comme tout le monde, mais toujours se réconcilient avec une évidente facilité. Stan est désinvolte, fêtard, excentrique, quand Julien, lui, est posé, un peu renfermé et très sérieux. Pourtant, ces différences, loin de les éloigner, les rapprochent. Ils se connaissent par cœur, s’apprécient malgré leurs défauts.

Le thème du tatouage, ici, intervient de plusieurs manières. Je vais vous laisser les découvrir, mais je tiens à dire j’ai adoré la révélation finale, tout autant que les multiples tatouages un peu idiots de Stan. D’ancre à encre a été un très bon moment de lecture, que j’ai vraiment savouré. Sur un fond de senteurs, de bruit, de fraicheur des Landes, c’était très beau.


The hypocrite’s horror show, AurElisa Mathilde

Un deuxième texte pour lequel j’ai un avis mitigé. En fait, j’ai adoré cette nouvelle, mais surtout dans sa deuxième partie. Le côté fantastique/horreur m’a à la fois surprise et déstabilisée, et je n’en suis pas fan, alors la première partie, très « horreur », j’ai eu un peu de mal. Par contre j’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice a su nous projeter quelques décennies en arrière dans une petite ville des US.

La deuxième partie, quant à elle, je l’ai trouvée extrêmement touchante. La fin m’a mis les larmes aux yeux. Une histoire d’amour avec un fantôme, ce n’est pas la première fois que j’en lis une (même si bon, le fantastique n’est pas trop mon truc), et c’est un peu bouleversant. Et c’est très bien amené, même si le fantôme peut sembler horriblement cruel et mauvais, on apprend à le connaitre et à comprendre ses motivations autant que sa solitude…

Le style de l’autrice est très bon, sa plume agréable et aiguisée, très visuelle (hélas pour la scène violente ;-) ). Le thème du tatouage est abordé de plusieurs manières, et très bien amené, avec originalité. Ça a été pour moi une lecture passionnante, même si je n’aime toujours pas l’horreur. ;-)


Juste un point dans un motif, Célia Deiana

Pour celui-ci aussi j’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire. Comme c’est un format nouvelle, l’univers est à peine esquissé, ce qui ne m’a pas permis de bien tout comprendre dès le début. Cependant, la plume fluide et douce de Célia m’a tout de même transportée peu à peu dans cette romance qui part très mal, et qui est en demi-teinte.

 Alexandre cherche son âme sœur et se désespère de la trouver. Il se sent très seul, si seul. On ressent très fort sa mélancolie qui grandit, puis son trouble et ses émotions qui deviennent peu à peu chaotiques après son échec cuisant avec Tristan, un barman séduisant dont le bras est couvert de tatouage.

Je ne suis pas super fan de l’idée des âme-sœurs, mais je dois dire que la réflexion est ici joliment poussée et donne à méditer. L’histoire est touchante, elle aborde des thèmes parfois difficiles, comme la perte d’un être très cher. Sous le couvert du concept d’âme-sœur, c’est aussi une réflexion sur l’amour sincère et la solitude que l’on peut ressentir quand l’être aimé s’en va. C’est à la fois doux, violent et poétique. Un beau moment de lecture.


No future, Soyilana

Un démarrage sur les chapeaux de roue pour une histoire pétillante et dynamique. J’ai eu un peu de mal avec l’univers, au départ, je n’ai pas su tout de suite si on était dans notre monde ou dans un monde alternatif. Et puis j’ai compris la véritable identité de Sky, et là, j’avoue, ça a été le grand kiffe. Une romance avec une telle « créature » (je vous laisse la surprise de sa nature !), c’est fabuleux, et j’ai adoré cet aspect de l’histoire !

La plume de l’autrice est énergique et très belle. Elle donne un punch fou à une histoire déjà bien vivante et haletante.

Malgré tout, j’ai vraiment eu du mal avec l’ambiance et les personnages, du moins, pendant un bon moment. On va dire que j’étais assez mal à l’aise, ce que, à la fin de ma lecture, je comprends mieux comme une volonté de l’autrice de nous plonger dans un monde cruel, détruit, violent et brisé, assez malsain en fait dans sa déshumanisation. Du coup, j’accepte ce sentiment que j’ai traversé au cours de ma lecture et je pense relire cette nouvelle avec ce nouvel axe, maintenant que la fin est venue donner une nouvelle lumière à mes émotions.

Dans cet univers post-apocalyptique, les émotions et sentiments des personnages sont assez déstabilisants. Parfois « too much », je dois dire, le héros, Alcaïn, se montre parfois trop cruel ou trop indifférent à mes yeux, j’entends par là qu’en règle général, il a ce côté très humain, et juste par moments, il change complètement de personnalité. Alors, évidemment, c’est probable, d’une certaine manière, parce que qui ne deviendrait pas à moitié cinglé en vivant dans le monde dans lequel il vit ? Pas d’espoir, pas de futur, pas vraiment de passé, non plus, parce que les Hommes ont à peu près tout oublié, et sont obligés de se consacrer à leur survie. De fait, ils sont devenus principalement instinctifs, et donc souvent cruels et violents. Alcaïn n’échappe pas à ce sort, et ce même avec les gens qu’il « aime ». Et je mets des guillemets à ce verbe parce que dans cet univers de fin du monde, les sentiments n’existent plus vraiment et qu’Alcaïn n’a pas de mots pour les exprimer.

Sa relation avec Sky est à la fois touchante et troublante. Tout du long du récit, on se demande s’il tient à lui, s’il aime, ou s’il se sert juste de lui, autant en tant que protecteur que pour ne pas mourir de solitude. Quant à Sky, ses sentiments à lui sont très clairs, même s’il hésite à les exprimer. Et c’est assez bouleversant de suivre ses émotions, son amour pour Alcaïn, qu’il ne dissimule pas vraiment, mais n’ose pas non plus révéler, parce qu’il n’en a pas le droit, qu’il sait que leur destin sera fatal.

Dans cet univers, surgit soudain une étincelle d’espoir, une lueur d’humanité, avec l’interprétation du tatouage d’Alcaïn et le cheminement qu’il va accomplir, à la base pour rechercher son groupe, mais finalement, sa quête sera plus spirituelle et le mènera à se questionner à la fois sur le monde dans lequel il vit, ses propres motivations, et ses sentiments pour Sky. Une dynamique punk finalement très touchante, avec une conclusion qui m’a mis des frissons dans le dos. Une fin parfaite, même si j’aurais adoré savoir ce qui va se passer pour Alcaïn et pour Sky, et découvrir laquelle des deux phrases deviendra réelle : « No Future », ou bien « Punk is not dead » (traduisez par « l’espoir n’est pas mort ») ? Une très belle histoire, au final, même si j’ai eu du mal à rentrer dedans, simplement parce que je ne m’attendais pas du tout à explorer un tel univers à travers ce recueil…


Road Tripping, F.V. Estyer

L’écriture de F.V. Estyer, incisive, moderne et parfois crue, est toujours un plaisir pour moi. J’aime son style très direct, ses personnages humains et tellement masculins, dont les émotions un peu brut de décoffrage se laissent découvrir peu à peu. Des personnages qui sont très loin d’être des héros, mais qui savent nous toucher, quoi qu’il advienne.

Nous partons ici en road trip avec Matt, le héros (récit à la première personne du singulier) et Ash, qui n’était pas prévu dans le voyage et débarque au dernier moment, s’imposant dans ce périple que Matt souhaite accomplir pour sortir de la dépression qui le ronge depuis que son ex l’a quitté.

J’ai eu un peu de mal avec le personnage d’Ash, que je trouve très fanfaron et un poil orgueilleux. Il sait ce qu’il vaut, et il en joue. Cependant, une fois cette première impression passée, on découvre en lui un homme meurtri par la vie, qui a beaucoup souffert et qui cache les blessures du passé derrière son masque d’assurance… et ses tatouages. C’est aussi un personnage très solaire, malgré son arrogance, qui a tout le temps le sourire et, s’il est profondément agaçant, on apprend à l’apprécier au fil du voyage.

Quant au personnage de Matt, je l’ai trouvé touchant et juste. Il est d’abord charmé par la beauté d’Ash, mais peu à peu, son attirance physique devient plus profonde, se creuse alors qu’il découvre en son covoitureur un homme charmeur et souriant, mais aussi, un mystère épais qui l’intrigue au plus haut point. Il sent petit à petit l’homme blessé sous la carapace que s’est créée Ash, et cette sensibilité bien dissimulée ouvre son cœur à bien des sentiments troubles. Matt est un être assez pur, plutôt innocent (mais pas naïf pour autant), et il se laisse engloutir bien malgré lui dans ce qu’il ressent, de plus en plus fort, pour Ash. En un temps record, mais ce timing serré est très bien mené par l’autrice, à travers la description pas à pas de ce road trip qui va rapprocher nos deux jeunes hommes.

Une belle histoire touchante et juste, qui se lit d’une traite et que j’ai beaucoup aimée. Une découverte des états des USA aux côtés de deux personnages charismatiques, très loin d’être parfaits, mais qui peu à peu nous attachent à eux, alors qu’on se dirige vers la conclusion et que notre cœur se serre à l’idée qu’à la fin de ce road trip, nos deux héros devront se séparer, puisque c’est ce qui a toujours été prévu…



Points positifs : des histoires très différentes les unes des autres ; la thématique du tatouage est franchement chouette, et abordé de manières parfois inattendues ; un mélange de contemporain, fantastique et post-apo assez décapant, qui m’a surprise et séduite ; de très belles plumes pour ces 5 autrices talentueuses.

Points négatifs : j’ai parfois eu un peu de mal à entrer dans certains récits.




Note : 4,4/5


3 commentaires:

  1. Ta chronique tombe à pic, je viens de me faire tatouer ce matin :p ce recueil à l'air vraiment intéressant et je pense bien me le procurer !

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    1. Grâce à la chronique d'Aurélie j'ai, moi aussi, envie de le découvrir haha. Du coup bonne lecture à venir

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  2. le recueil est vraiment chouette en effet! N'hésite pas Anaïs, surtout qu'avec ton nouveau tatouage ce sera chouette de se plonger là-dedans, je pense ;-)

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