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lundi 22 décembre 2025

[Chronique] La Dernière Province 3- Anouchka Labonne

  

 La Dernière Province, tome 3: Rébellion - Anouchka Labonne






Titre: La Dernière Province
Autrice: Anouchka Labonne
Éditions Voy'El
Genre: roman, LGBT+, fantasy, steampunk, esclavage
Trilogie



SERVICE PRESSE



Résumé:

« Je ne pars pas pour la liberté des miens, avoua Sao d'une voix penaude. Je pars pour sauver un homme. Juste un homme tout seul. Il est peut-être même déjà mort à l'heure qu'il est. »

La mission de Sao et Armas a brutalement pris fin lorsque ce dernier a été enlevé. Tandis qu'à Port-Méridien et dans le reste de l'Empire Rébellion avance ses pions, Sao est contraint d'emprunter des chemins de traverse pour tenter par tous les moyens de retrouver son compagnon de route. Empêtré dans les rouages de la révolte, il doit faire ses premiers pas d'homme libre loin de tout ce qu'il connait. Ce dernier tome conclut avec finesse et émotion la trilogie de La Dernière Province, emmenant à son terme la quête de Sao... et la vôtre.


Chronique d'Aurélie

Tout d’abord je remercie infiniment Anouchka pour sa proposition de service-presse, ainsi que les éditions Voy’el pour leur disponibilité et leur gentillesse. C’est toujours un plaisir de travailler et d’échanger avec vous !

Si j’ai un peu moins apprécié ce dernier opus que les deux précédents, la trilogie reste pour moi un gros coup de cœur que j’ai adoré lire. L’univers tout comme la plume de l’autrice sont immersifs, et c’est avec plaisir que j’ai retrouvé Sao pour suivre la fin de ses aventures.

J’ai eu un tout petit peu de mal à raccrocher les wagons au début, mais c’est parce que je n’avais plus en tête la fin du tome précédent, je ne me souvenais plus des évènements et je n’avais pas la possibilité de relire les deux premiers tomes pour démarrer celui-ci. Je suis cependant rapidement entré·e dans l’histoire, une fois les évènements remis en place dans ma tête autant que dans le texte. Ce démarrage est entraînant car rempli de rebondissements, de tensions, mais aussi de nouvelles rencontres.

Nous retrouvons donc Sao alors qu’Armas a disparu, capturé par les hommes de son ancien maître. Notre pauvre esclave désormais affranchi se retrouve à gérer à la fois ses blessures, reçues au cours du combat qui lui a arraché Armas, ses émotions concernant les évènements, ses sentiments qui explosent, sa toute nouvelle liberté, à laquelle il n’est pas habitué… J’ai adoré suivre les méandres de l’esprit de Sao qui doit apprivoiser sa liberté. Il est heureux et soulagé de l’être, libre, mais ce n’est pas si facile de changer de statut, et donc complètement de vie, comme ça, en un claquement de doigts ! Il a des peurs, des doutes, des angoisses, il ne sait pas trop quoi faire de son existence, désormais.

Heureusement, il peut tout de même se focaliser sur un premier but : celui de retrouver la trace d’Armas. Ne sachant pas où chercher, il finit par tomber sur un prostitué qui l’emmène au Cloître, une communauté d’hommes et de femmes prostitué·es (ainsi que de leurs enfants), qui va l’accueillir pour plusieurs raisons que je vous laisse découvrir dans le roman.

J’ai adoré toute la partie qui se passe au Cloître ! La manière dont Sao doit lutter contre ses préjugés, liés à sa culture de naissance. Ses rencontres avec différents membres du Cloître, les amitiés qui se forgent. Sao se remet en question et découvre dans ces gens des hommes, des femmes et enfants/ados adorables, souriants, solidaires, qui l’accueillent malgré ses a priori. Sao évolue, et se rapproche de plusieurs personnages qui vont être primordiaux pour la suite.

J’ai tout de suite accroché avec Gavrell, cet adolescent qui va devenir l’un des personnages centraux de ce tome 3. J’ai mis un peu plus de temps à adopter également Doun et Vikka, mais puisque ces trois-là vont suivre Sao dans son périple, nous aurons le temps d’apprendre à les connaître et à les apprécier fortement : à la fin, ce sont un peu des ami·es pour nous aussi…

On apprend également la place que les prostitué·es joue dans Rébellion, n’oubliant jamais, même dans les moments joyeux, le cœur du scénario.

La part belle est d’ailleurs donnée à la prostitution, dans ce tome 3, et j’ai beaucoup aimé cet axe. La prostitution est vue ici de manière décomplexée et sans préjugés, de façon positive (quand elle est choisie, bien sûr, je ne parle pas des esclaves sexuel·les, dont le commerce est dénoncé dans ce livre) et traitée avec délicatesse, avec les points de vue de plusieurs personnages qui la vivent très différemment, mais font leurs propres choix. La façon dont Sao va percevoir la prostitution va évoluer, il va questionner ses préjugés, et c’est beau <3

C’est donc ainsi que Sao va entreprendre un grand périple en camion avec Gavrell, Doun et Vikka. Sao, accompagné de trois putes ? Qui l’aurait cru ? Et pourtant, ces trois-là sont devenu·es ses ami·es et, même plus que cela… un peu sa famille de cœur. Entre eux quatre se dessinent une véritable loyauté, un amour infini, une solidarité à toute épreuve et une complicité qui ne va faire que grandir. Ils vont se rapprocher et apprendre à se connaître, tissant des liens qui ne sauraient se briser. C’était beau, émouvant, et à la fois très frais, car cette joyeuse équipée ne manquera pas d’humour et de chaleur humaine !

Le début du voyage est donc bon enfant malgré les craintes de Sao, notamment pour Armas, maintenant qu’il sait où celui-ci a été envoyé. Il a peur d’arriver trop tard, ça le stresse, mais il ne peut pas s’empêcher aussi de profiter de l’amitié de ses trois compagnons. Il craint également les barrages de soldats, car même s’il est libre, il ne peut s’empêcher d’avoir peur qu’on l’emprisonne à nouveau…

Il se passe plein de choses intéressantes, tout du long de ce voyage, souvent « accessoires » mais cela donne du cachet et du réalisme à l’histoire. Ça fait aussi du bien de ne pas toujours se focaliser sur le but et d’en profiter pour découvrir un peu plus l’univers et les compagnon·nes de route de Sao.

Cependant, je dois admettre qu’au bout d’un moment j’ai trouvé que cela devenait long, surtout que Sao tourne en rond dans sa tête. Autant j’aime ses questionnements, autant les relire trois, quatre, cinq fois m’a un peu lassé·e par moment, surtout quand ils n’évoluent pas (sur d’autres sujets, au contraire c’est intéressant car il évolue, justement).

Je dirais donc que ce voyage est en deux temps : le côté découverte, aventure, liens qui se tissent, qui est génial, et la seconde partie qui commence à tirer en longueur et où on a envie que ce soit un peu raccourci (en tout cas, moi je me suis un peu désintéressé·e des évènements vers la moitié du voyage, je dirais).

Quand on arrive enfin à la Rousière, on retrouve enfin un peu d’action car les évènements se précipitent. J’avoue pourtant avoir trouvé le passage trop rapide et trop détaché, pour le coup. J’aurais voulu entrer dans le combat, ressentir les émotions des différents protagonistes, l’énergie du lieu, mais c’était très extérieur, comme si c’était écrit en point de vue externe (pourtant, c’était écrit du point de vue de Sao, comme tout le récit). D’un autre côté, je dois admettre que ce parti pris montre aussi l’impuissance de Sao face à ce qu’il se passe, ce qui est un choix que je respecte. C’est surtout que personnellement, j’ai eu du mal à tout saisir et à entrer dans la scène, comme on n’a pas d’images pour comprendre comme dans un film ou une série et que je n’ai aucune imagination visuelle, je suis passé·e un peu à côté de la scène.

Les retrouvailles avec Armas sont touchantes, par contre, un grand moment de douceur et d’amour, une petite plage de tendresse, mais c’est aussi un moment clé où les personnages s’expliquent et se livrent. Leur rapprochement n’est plus celui de deux amants, mais celui de deux hommes qui veulent s’ouvrir totalement à l’autre et lui font confiance. C’était très beau, c’est un moment que j’ai adoré <3

Cette parenthèse entre amour et amitié (puisque Gavrell, Doun et Vikka sont toujours là elleux aussi) nous mène à revenir à la maison de justice. J’avoue qu’autant j’attendais beaucoup ce passage, autant je ne l’ai finalement pas trop aimé. J’y ai trouvé non seulement des longueurs mais aussi, au contraire, beaucoup trop de facilités scénaristiques (même si certaines « facilités » ne font qu’empirer les choses, c’était très « mécanisé ») et de manque de réalisme. Je ne vais pas en parler en détail pour ne pas spoiler l’histoire, mais j’avoue avoir été déçu·e de cette partie finalement trop longue et trop courte à la fois, qui m’a laissé·e sur ma faim.

Concernant la fin, je l’ai beaucoup aimée. On manque d’informations sur certains personnages, ce qui est dommage car on les a appréciés tout du long et on les voit, en plus, dans ce passage, donc j’aurais apprécié de savoir vraiment ce qu’ils deviennent, quelle voie ils ont choisi, etc. Ça m’a attristé·e qu’on ne sache presque rien sur eux alors qu’on s’est attachés à eux…

Par contre, on découvre davantage d’informations sur Rébellion, ses dirigeants et ses buts, ce qui nous manquait est expliqué avec autant de précision que de pudeur, dans le sens où c’est une organisation complexe et secrète : on a les informations qu’il nous fallait tout en gardant le mystère général, j’ai adoré cette conclusion pour l’organisation. Le point de vue de Sao y est bien respecté puisqu’on ne sait pas tout, on n’a pas toutes les réponses, et rien n’est fini pour l’Empire, les esclaves, etc. Mais l’histoire, elle, se conclut ici avec tous les éléments dont on avait besoin pour être « apaisé·es », et ça fonctionne super bien !

Un gros coup de cœur pour les dernières phrases de cet épilogue, ces derniers moments qui terminent parfaitement bien cette magnifique histoire <3 Je n’en dis pas plus sur les choix de l’autrice pour cette fin, mais ces derniers paragraphes m’ont fait oublier les longueurs et fait refermer le livre avec le sourire et l’esprit encore aux côtés de Sao…

Un dernier tome un peu longuet par moment, et avec des passages qui ont manqué de réalisme et ont été parfois trop « faciles » (en positif comme en négatif, ce qui sert le scénario mais perd en cohérence), mais j’ai passé un très bon moment de lecture global, vécu beaucoup d’émotions au cours de cette très belle conclusion pour une série coup de cœur, à découvrir absolument <3 Une trilogie qui fait voyager, réfléchir, se remettre en question, qui nous apprend des choses sur les traditions des Mongols, dont sont inspirés les Uriés. Une histoire d’amour en filigrane, pleine de rebondissements et de délicatesse, très bien menée et attachante, et des histoires d’amitié, de confiance, de communauté magnifiques. Merci pour cette merveilleuse lecture <3

 

Points positifs : une plume légère, dynamique et efficace qui nous plonge dans l’ambiance immédiatement ; un univers bien développé, intéressant et construit, qui sait aussi révéler ses surprises ; des personnages attachants et profondément humains, avec leurs forces mais aussi leurs faiblesses, leurs espoirs et leurs doutes ; une belle place faite à la prostitution, souvent mal perçue et mal représentée en fiction ; une fin de trilogie plaisante qui conclut magnifiquement la série.

Points négatifs : quelques longueurs et, a contrario, des facilités scénaristiques et « rapidités » qui auraient pu être développées.




mardi 21 novembre 2023

[Chronique] La Dernière Province 2 - Anouchka Labonne

 

 La Dernière Province, tome 2: À bord du transfréanien - Anouchka Labonne









Titre: La Dernière Province
Autrice: Anouchka Labonne
Éditions Voy'El
Genre: roman, LGBT+, fantasy, steampunk, esclavage
Trilogie, 2 tomes sur 3 parus



SERVICE PRESSE



Résumé:

« Toi, Sao ? Tu me suivrais ?

— Qui d’autre ? Je me méfie assez de vous pour vous empêcher de saboter notre révolte, si c’est là votre intention. Et je vous connais assez pour vous aider, si vous êtes vraiment de notre côté. »

Le confort du manoir n’est plus qu’un lointain souvenir. Le destin de Sao et des siens se joue désormais sur les routes de l’Empire, dans le roulis du transfréanien. Des rives de Dund Tengis, le grand lac sacré des Uriés, aux sommets enneigés qui bordent le col du Chaon, le chemin vers la liberté est est parsemé d’obstacles autant que de découvertes.

Mais pour Sao, le plus grand défi de ce voyage reste l’homme qui l’accompagne.


Chronique d'Aurélie

Tout d’abord je remercie infiniment Anouchka pour sa proposition de service-presse, ainsi que les éditions Voy’el pour leur disponibilité et leur gentillesse. C’est toujours un plaisir de travailler et d’échanger avec vous !

J’ai eu beau avoir la chance de lire le tome 1 alors que le 2 devait sortir quelques mois plus tard, je n’en ai pas moins attendu cette suite avec une grande impatience. Il faut le reconnaître, Anouchka manie fort bien les cliffhangers de fin… Comme le prouve la fin du tome 2 d’ailleurs.

J’adore écrire des cliffhangers. Je déteste les lire sans avoir la suite accessible. Et en même temps, cette tension qui reste, cette attente, ce mélange d’anxiété et d’émerveillement à l’idée que rien n’est fini, c’est un sentiment que j’apprécie. Donc je dirais que j’adore détester les cliffhangers ;)

Il m’est difficile de parler de ce tome 2 sans spoiler, surtout que j’aimerais donner envie à celleux qui n’ont pas démarré cette trilogie de plonger dedans ! Je vais tâcher de me prêter au jeu malgré tout sans trop vous en dire.

D’abord, parlons de la plume de l’autrice. Légère mais aiguisée, capable de passer d’une ambiance désinvolte à un instant grave, sans compter les moments de tension que nous trouverons bien plus nombreux dans ce second opus plus dynamique. On s’immerge dès les premier mot, et cela contribue grandement à nous emmener sans réserve sur les pas de Sao, personnage sur lequel le récit est centré.

Je dois avouer au passage que j’adorerais avoir le point de vue d’Archenias. Ce n’est pas une critique, ceci dit, le récit est parfait tel qu’il est, mais Archenias (nous en reparlerons) ne cesse de nous surprendre, de nous questionner, et forcément, on aimerait beaucoup faire une petite intrusion dans sa tête… Mais bon, le point de vue de Sao est extrêmement riche, donc ce n’est pas un manque en soi !

Le récit est agrémenté, à chaque chapitre ou presque, de petits textes qui peuvent paraître, parfois, n’avoir aucun rapport avec l’intrigue, mais y sont pourtant fermement entremêlés, ou nous permettent d’en découvrir plus sur l’univers, par le biais des poèmes, notamment. On y trouve également des journaux de bord, des échanges de lettres, parfois informels, parfois officiels, et aussi des bout d’un autre récit. Ces petits plus sont littéralement un plus à l’histoire. Pauses parfois bienvenues, parfois frustrantes entre deux chapitres, ils nous permettent de nous plonger davantage dans l’histoire et surtout, de cerner de mieux en mieux ce monde complexe, si éloigné du nôtre.

Dans ce tome 2, justement, nous allons en découvrir davantage sur l’empire de Fréane, ses peuples et leurs coutumes, sa (ses) politique(s), ses conflits, sa géographie. Une petite carte agrémente le livre, et de nombreuses données vont nous permettre de nous mouvoir de mieux en mieux dans cet univers. Que ce soit les rouages de la Province 47, ses rapports maîtres-esclaves, ses problématiques, ses poudrières cachées, ou le reste du monde, les autres province de l’empire, qui fonctionnent différemment, nous allons peu à peu élaguer les politiques et enjeux de Fréane, le tout en douceur, aussi bien par les petits bouts de textes, comme je vous le disais, que par le récit principal, qui va nous porter cette fois-ci en dehors de la Province 47.

Avec les yeux de Sao, nous allons alors découvrir un autre monde, certes relié au sien, mais dont les règles sont très différentes, au moins pour ceux de son peuple. En effet, dans les autres provinces, l’esclavage n’a pas cours. Nous allons donc suivre à travers les ressentis de Sao, ses doutes, ses peurs, ses angoisses face à ces données inconnues, ses pertes de repères, mais bien sûr aussi ses joies et ses espoirs.

Sao a bien évolué, depuis le début du roman, et il continue d’évoluer tout du long du récit. Parfois, ses préjugés nous donnent un peu envie de lui mettre des claques pour lui remettre la tête sur les épaules, mais je trouve le personnage infiniment cohérent, sensé et touchant. En effet, il a grandi avec une éducation à la fois uriée (son peuple) et en tant qu’esclave. Il est ancré dans les traditions de son peuple d’origine mêlées aux superstitions acquises par des générations d’esclaves, et a donc évolué en véhiculant leurs croyances et préjugés, persuadé que ses ressentis étaient justes et « bons ». Du coup, nécessairement, parfois il vacille, doute, a des comportements limites, notamment face aux teintés, ces esclaves sexuels que les Uriés considèrent comme des « impurs ». J’ai aimé suivre ses luttes et cheminements intérieurs, ouvrir pas à pas les yeux en se posant les bonnes questions après ses discussions avec Archenias, mais aussi à force d’observer.

Pourquoi les teintés sont-ils considérés comme impurs et si détestés des Uriés alors qu’il s’agit d’esclaves n’ayant finalement pas le choix ? Sao est quelqu’un d’intelligent, de volontaire, de foncièrement gentil, et il se rend peu à peu compte des limites que sa culture lui a imposées. J’ai adoré le voir réfléchir, se remettre en question, accepter qu’il avait peut-être tort de penser comme il pense, reconnaître la fierté déplacée qu’il a pu parfois avoir, ce mépris d’un groupe de gens qui finalement l’ont plus aidé qu’ils ne lui ont fait de mal. Le monde de Sao change, ouvre ses horizons, et si Sao a parfois du mal à s’adapter rapidement, il essaie, et c’est le principal.

Même si parfois il est agaçant, on ne peut qu’être touché par ses réflexions et sa volonté de faire au mieux. Il pense aux autres avant lui-même, et si des choix égoïstes lui traversent parfois l’esprit, tentants et si faciles, il lutte contre le monde autant que contre lui-même pour se montrer digne et avancer droit devant lui, répondre aux attentes de ceux qui dépendent de lui, même si le chemin est mille fois plus compliqué, par moment…

Archenias, quant à lui… Je ne peux guère en parler sans risquer de spoiler l’histoire. Mais je l’avais dit pour le tome 1, qu’il cachait des choses et qu’il était sans doute plus que ce qu’il n’y paraissait. C’était clair (au moins à mes yeux) dès le début, et cette suite a prouvé que mes intuitions étaient plus que justes. Je ne dirai donc pas grand-chose sur lui, mais sachez qu’il a su me toucher, m’émouvoir, me faire vibrer et m’étonner. Et bien évidemment, toujours, m’intriguer… Archenias est un personnage complexe, riche, d’une profondeur surprenante. En découvrir plus sur lui, c’est s’exposer à découvrir un personnage plus attachant qu’il ne peut en avoir l’air au début. C’est aussi en découvrir davantage sur l’univers, d’une manière à laquelle il est difficile de s’attendre !

Un nouveau personnage apparaît dans ce tome 2 (bon, en fait, plein de nouveaux, mais un qui sera significatif) : Armas. Je n’en dirai pas grand-chose non plus, il faut le découvrir, depuis les premiers mots jusqu’à la fin, lui laisser le temps, l’espace et la possibilité de grandir en vous et de vous surprendre… C’est mon coup de cœur personnage pour ce tome 2.

Je pourrais parler des heures de ce roman (je viens de le terminer, donc je suis encore dans l’euphorie), mais je préfèrerais vous laisser le lire. C’est une histoire profondément originale, pour un univers assez unique, avec des personnages cohérents, hauts en couleurs et extrêmement attachants. Tous les éléments pour un roman incontournable, selon moi <3

 

Points positifs : une plume légère, dynamique et efficace qui nous plonge dans l’ambiance immédiatement ; une ambiance géniale, dans un univers complètement immersif, qu’on ne cesse d’avoir envie de découvrir davantage ; des petits textes qui agrémentent chaque fin de chapitre et permettent de découvrir le monde et l’histoire de points de vue différents ; on en découvre plus sur l’univers à travers le regard de Sao ; des personnages attachants, touchants et intrigants, qui évoluent au fil du récit, le tout avec beaucoup de cohérence ; une inclusivité bienveillante pour un univers où l’orientation sexuelle ou l’identité de genre ne semblent pas être un problème (et ça fait du bien !)

Points négatifs : pas trouvés (mais toujours aussi frustrée de ne pas avoir le dernier tome sous la main O :) )





jeudi 9 mars 2023

[Chronique] La dernière province 1 - Anouchka Labonne

 La Dernière Province, tome 1: Le Manoir Archenias - Anouchka Labonne







Titre: La Dernière Province
Autrice: Anouchka Labonne
Éditions Voy'El
Genre: roman, LGBT+, fantasy, steampunk, esclavage



SERVICE PRESSE



Résumé:

Depuis que l’empire de Fréane a colonisé la péninsule d’Uria, plus aucun autochtone de cette province ne naît libre. Sao est l’un d’entre eux.

Lorsqu’il est vendu aux enchères pour la neuvième fois, il voit sa vie basculer d’une manière inattendue. Finis les travaux pénibles et les hébergements insalubres : au manoir Archenias, Sao goûte à une liberté jusque-là inespérée. Amitiés nouvelles, petits privilèges, son quotidien semble désormais bien éloigné de celui d’un simple esclave de labeur. Même le caractère inquiétant et imprévisible de son maître, qui utilise sa position pour l’humilier au moindre prétexte, ne semble pouvoir lui faire regretter sa vie d’avant.

Mais lorsque l’occasion de se battre pour la liberté, la vraie, se présentera à lui, Sao saura-t-il renoncer à ses acquis et surmonter ses peurs pour se joindre à la révolte ?


Chronique d'Aurélie

Tout d’abord je remercie infiniment Anouchka pour sa proposition de service-presse, ainsi que les éditions Voy’el pour leur disponibilité et leur gentillesse.

Quand j’ai pris ce service-presse, je n’étais pas sûre d’arriver à le lire rapidement, puisque je sortais très doucement d’une énorme panne de lecture. D’ailleurs j’avais d’autres SP à lire également, mais allez savoir pourquoi, je n’arrive pas trop à lire sur liseuse, et comme les éditions Voy’el ont eu la grande gentillesse de m’envoyer ce roman en papier, j’ai réussi, à mon grand soulagement et à ma grande joie, à m’y plonger sans mal.

Une fois lancée, plus rien n’a pu m’arrêter ! Je me suis régalée avec la plume de l’autrice, dynamique et agréable, très adaptée au rythme et au style du récit, autant qu’avec le récit lui-même, justement.

Il s’agit d’un roman fantasy à l’univers tout à fait original. Un mélange de cultures qui nous ramène dans une période très XIXe (steampunk), qui donne la sensation d’être en occident tout en nous projetant dans l’époque du colonialisme et de l’esclavage et, en même temps, l’histoire prend place dans une contrée qui rappelle la Mongolie. Autant dire, un beau melting-pot de cultures, de lieux et d’époques.

Ici, nous suivons Sao, un esclave urié (typé Mongol) qui, pour avoir été trop rebelle, risque « le chantier ». Le chantier, c’est l’enfer des esclaves. Un lieu où ils souffrent et meurent, dans des conditions de vie atroces. C’est l’ultime punition, pour la plupart des esclaves.

Dans cet univers constitué de nombreuses provinces (conquêtes de l’empire fréane), nous allons découvrir au fil du récit, aux côtés de Sao, la Province 47, la dernière et la seule dans laquelle l’esclavage est encore autorisé. Les esclaves y sont tous uriés : tous les autochtones ont été réduits en esclavage et vivent sous le joug des terribles maîtres, trop souvent sans pitié.

Le récit, donc, démarre avec une vente aux enchères au cours de laquelle Sao se verra sauvé du chantier par un mystérieux jeune noble, Archenias. Dès lors, va démarrer pour l’esclave une vie tout à fait différente de ce qu’il a toujours connu. C’est très intéressant de se retrouver dans sa tête, de suivre ses pensées, mais aussi ses doutes, ses craintes, ses questionnements. Il débarque dans un manoir où il est bien traité, même s’il reste l’esclave, donc en-dessous de tout le monde y compris de la domesticité, n’empêche qu’il mange avec les domestiques, qu’on lui demande son avis, qu’il a droit à une chambre, des privilèges dont il n’a jamais, même, rêvé…

Par les yeux de Sao, nous allons d’abord découvrir les différents domestiques :

-Madame Rouva, l’intendante, rude mais juste. Elle va apprendre plein de choses à Sao. Elle a aussi un rôle un peu trouble, qui soulève des questions à la fin du récit. C’est un personnage très intéressant, riche et mystérieux.

-Monsieur Grams, le vieux jardinier. C’est une perle. Il est discret mais reste présent, il est adorable et traite Sao comme un véritable humain, avec respect et gentillesse.

-Les jumeaux Emeris et Timos. Ce sont deux coups de cœur personnages. Si Emeris reste un peu en retrait dans le récit, puisqu’elle interagit de manière plus « légère » avec Sao, on va dire, elle possède un cœur en or, une langue bien pendue et un sourire qui ne peut pas laisser indifférent. Elle est aussi très courageuse et sait nous surprendre. Timos, lui, est d’abord difficile d’accès, plus sombre, plus revêche, moins gentil. Mais il cache bien des secrets dans son cœur, et finalement, il est lui aussi adorable. Ses interactions avec Sao sont un vrai plaisir et j’espère que cela continuera comme cela dans la suite, car j’adore ce duo rafraichissant et complice !

Un élément qui m’a particulièrement plu chez les jumeaux, c’est qu’ils sont noirs. Je trouve l’idée de faire des personnes noires des personnes traitées comme des êtres humains, libres et ayant des responsabilités, très intéressantes. Cela casse les habituels récits où ce sont ces personnes-là qui sont les esclaves, pour nous montrer des personnages absolument pas différenciés des blancs, qui agissent et vivent sur un pied d’égalité. Ici, les esclaves, ce sont les uriés, donc les asiatiques. Ce qui dénonce aussi le racisme systémique, tout en changeant les codes de manière totalement naturelle.

Enfin, nous découvrons peu à peu le maître des lieux, Archenias. Un homme aussi jeune que mystérieux, qui nous déstabilise sans cesse et qui, je crois, cache des secrets totalement inattendus (j’ai mes petites théories, le concernant, mais j’attends de voir ce qui va se passer dans la suite ;) ). C’est un personnage à la fois détestable et attachant malgré lui, et je suis curieuse de voir l’évolution de sa relation avec Sao. J’ai envie de les voir interagir sur un pied d’égalité et, peut-être, devenir amis… ou ennemis ?

Le récit est palpitant, même si, pour la majorité, il s’agit du nouveau quotidien de Sao. On ne se lasse pas, j’aurais même souhaité que les relations entre Sao et les domestiques soient plus creusées encore, les scènes d’interactions plus nombreuses et plus denses. Malgré tout, on se fond sans mal dans ce quotidien, et quand tout est soudain chamboulé, on vibre et on retient son souffle avec Sao, mais aussi avec Emeris et Timos…

J’ai parlé des relations entre Sao et différents personnages, et je sais que beaucoup d’entre vous aimez la romance, alors que dire de ce côté-là ? Il s’agit d’un récit fantasy centré sur la lutte contre l’esclavage et, pour le moment, de romance il n’y a point. Ça n’en reste pas moins une histoire LGBT+ avec des interactions parfois très libérées entre les personnages, un héros (Sao) qui est bi de manière très assumée, et ce n’est pas le seul.

Dans cet univers, les codes amoureux et sexuels semblent très différents. Peut-être est-ce le fait de l’esclavage, qui casse « l’importance des genres », toujours est-il que les relations entre deux hommes ou deux femmes ne sont pas perçues comme étant déplacées. C’est donc très naturel, dans le récit, comme un fait sociétal établi, ce qui fait énormément de bien !

Il y a bien un peu d’érotisme et des échanges sensuels et humains parfois intenses, mais côté romance, ce n’est pas (encore) d’actualité. Y en aura-t-il dans la suite ? Je n’en ai pas la moindre idée. Personnellement j’ai un gros faible pour le duo Sao-Timos, qui j’espère demeurera et se développera, si ce n’est de manière amoureuse, au moins de manière complice et amicale, mais seule la suite nous en dira plus… Romance ou pas, cette histoire est magnifique et profondément humaine, et franchement, pour le moment en tout cas ça ne manque absolument pas <3

Par contre, à la fin de ce tome 1, je n’étais vraiiiiment pas contente que ça s’arrête ! Je déteste la frustration, attendre la suite va être long, surtout que c’est une histoire en trois tomes… Mais bon c’est le jeu, je le savais avant, mais tout de même, la fin m’a laissée… sur ma faim. Vivement la suite, j’ai très hâte !

 

Points positifs : une plume légère, dynamique et efficace qui nous plonge dans l’ambiance immédiatement ; une ambiance géniale, dans un univers complètement immersif, qu’on ne cesse d’avoir envie de découvrir davantage ; le personnage de Sao est génial, j’ai adoré être dans sa tête et suivre ses tribulations ; des personnages secondaires attachants, mystérieux ou désagréables, auxquels il est impossible d’être indifférents ; une intrigue haletante (et une fin très frustrante) ; des petits textes qui agrémentent chaque fin de chapitre et permettent de découvrir le monde et l’histoire de points de vue différents ; une inclusivité qui fait très chaud au cœur !

Points négatifs : pas trouvés (à part que je suis tellement frustrée de ne pas avoir la suite à lire…)





lundi 16 septembre 2019

[Chronique] Le garçon du port - Anouchka Labonne

Le garçon du port - Anouchka Labonne






Titre: Le garçon du port
Auteurice: Anouchka Labonne
Éditions Voy'el
Genre: romance MM, historique



SERVICE PRESSE




Résumé:



Angleterre, 1872.

Après la mort de son père, le jeune Lord William Kingsbury se retrouve contraint d’abandonner son manoir dans la campagne du Kent pour aller vivre à Londres. S’il a d’abord du mal à s’adapter à cette vie mondaine et citadine, il recevra l’aide d’un jeune homme d’affaires ambitieux qui l’aidera à se faire une place au sein de la bonne société londonienne. Mais sa rencontre avec un simple docker va bouleverser sa vision du monde et réveiller son désir d’indépendance.



Chronique d'Aurélie


Tout d’abord je remercie infiniment Anouchka pour sa gentillesse, ainsi que les éditions Voy’el pour ce premier partenariat, cette belle découverte et leur disponibilité.
Cela faisait plusieurs fois que je voyais passer ce livre sur les réseaux et il avait attiré mon attention. Suite à une discussion avec l’autrice, je me suis décidée à me lancer dans l’aventure pour le découvrir.
Il faut le dire, c’est de l’historique, et vous commencez à connaitre ma passion pour l’historique. En fait, à chaque fois que j’en lis, je me dis que ça reste mon genre favori. Plonger à nouveau en plein cœur du XIXème avec William et Ingham a été un véritable plaisir.
Je n’ai pas eu de mal à rentrer dans l’histoire, mais j’ai été surprise par la rapidité du début, pas seulement les premières pages, mais plus jusqu’à l’arrivée d’Ingham dans la vie de William. Ceci dit, j’ai été surprise sur le coup, mais en fait j’en perçois en partie l’utilité, car ce presque « résumé » (très détaillé malgré tout, rassurez-vous ^^) nous emporte dans un ballet trop vif qui correspond à ce que William vit entre son départ de la campagne et son arrivée à Londres. Tout va trop vite pour lui, le rythme effréné, les évènements et rencontres presque survolés vont en ce sens.
Malgré tout j’aurais aimé que l’amitié et la proximité de William avec Edgar soit un peu plus détaillée, qu’on s’arrête plus dessus, cela aurait à mon avis donné un peu plus de relief à leur relation, un peu plus de tragique à ce qui suivra.
C’est le seul « reproche » que je puis faire à ce roman qui, pour le reste, m’a tout de suite transportée dans cet univers mondain et agité de Londres au XIXème siècle. La plume de l’autrice est un vrai régal, elle décrit sans s’attarder, nous plongeant dans l’histoire, dans le paysage urbain de Londres, sans la moindre difficulté. Les bruits, les odeurs, les couleurs, tout y est, et voilà que nous tombons les deux pieds dans la grande capitale aux côtés de William.
Nous suivons son point de vue uniquement, ce qui nous permet de vivre avec lui ses troubles, ses joies, ses doutes et ses découvertes. D’abord, la mort de son père, la perte de son domaine, cette nouvelle vie qui s’offre à lui et qui l’angoisse un peu. Et puis les mondanités, les sorties, les invitations incessantes, qui l’enthousiasment au départ, mais vont peu à peu lui faire perdre son désir d’écrire et de se consacrer à cette passion qui est sienne. Lui faire perdre de vue qui il est, en somme.
Jusqu’à ce moment où William se retrouve, lors d’une promenade, à s’enfoncer un peu dans les quartiers populaires de Londres. Et là, c’est comme une révélation. Tout lui revient : la simplicité, la justesse de sa vie à la campagne ; la camaraderie sans hypocrisie ; la fusion de deux mondes si dissemblables, et pourtant tous deux humains ; et, par-dessus tout, son désir, son besoin d’écrire.
L’autrice nous fait alors suivre les pas de William à travers Londres, et le rythme change, devient plus trépidant, plus riche, et pourtant plus « simple ». Sur son carnet, William dresse à l’aide d’esquisses et de poèmes des portraits de tout ce qu’il voit, sa curiosité s’éveille, sa soif de découvrir, de se fondre dans ce monde populaire et populeux, qui vit à deux pas des quartiers chics et qui pourtant est si dissemblable. Et avec sa curiosité, la nôtre est aiguisée, nous projetant avec plaisir et émerveillement à travers ces balades et explorations.
Peu à peu, ses balades se précisent, il s’enfonce plus loin auprès du « peuple », et l’écart qu’il tentait de combler entre lui et les « grands de ce monde » se creuse désespérément. Plus William découvre la « plèbe », moins il se sent à l’aise dans la haute société. Et, paradoxalement, plus il a l’impression de vivre, de respirer, d’être lui-même.
C’est là que son destin va se retrouver bouleversé. Une rencontre, sur les quais. Une promesse faite à un homme, la découverte d’un autre. Les masques tombent, William réalise la vérité sur son ami, Edgar, au moment où il découvre un simple docker, Ingham, qui a eu la gentillesse d’entrouvrir pour lui la porte de son univers.
Il n’y aura pas de retour possible. William fait partie de ces doux utopistes, grands rêveurs, poètes, idéalistes au cœur tendre et pur. Edgar s’est forgé à l’image du monde qu’il foule sans hésitation, profiteur, frivole, hautain. À ses côtés, Ingham, simple travailleur sans avenir, qui rêve de devenir marin et de découvrir de nouvelles terres, est l’image-même de l’homme sincère et cordial qui n’a rien à perdre et s’ouvre sans détour.
Deux hommes, deux mondes.
Au milieu, William vacille. Il sait, au fond, ce qu’il désire. Mais n’est-il pas voué à rester enfermé dans cette société de masques et d’hypocrisie que son rang l’oblige à fréquenter ?
Autour de lui, le monde tourbillonne, toujours le même ballet de faux sourires, de conversations triviales, d’injustices et de manières, refusant de se mêler à cette autre réalité, cette vie grouillante, animée, joyeuse malgré sa misère et sans faux semblants qui se déroule là, à quelques pas de lui et dans laquelle, parfois, certains viennent chercher une forme de réconfort. Écartelé, William rêve à Ingham, il rêve, surtout, à sa liberté. Mais son rang et sa place lui interdisent l’accès à l’univers du docker, tout autant que les peines encourues par la loi si l’on venait à découvrir ses penchants « indignes »…
Une histoire prenante, dans un univers londonien du XIXème très bien décrit et mené, dans lequel j’ai vraiment pris un immense plaisir à me plonger. Me balader avec William à travers les rues de la capitale a été un régal. J’étais tellement plongée dedans que je l’ai lu d’une traite, avant de réaliser que… je l’avais déjà fini. Une très, très belle lecture que je vous conseille vraiment ! <3


Points positifs : une plume légère, dynamique et efficace qui nous plonge dans l’ambiance immédiatement ; une atmosphère XIXème très bien amenée pour se retrouver plongé en plein cœur de Londres à cette époque ; deux héros touchants et justes, différents mais s’accordant à merveille ; des personnages secondaires troubles mais tous intéressants, rajoutant un vrai plus à l’histoire ; une romance à la fois douce et passionnée.

Points négatifs : le début m’a semblé trop rapide, particulièrement la construction de l’amitié entre William et Edgar.


Note : 4,7/5