lundi 4 février 2019

[Chronique] Les Roses Cherokees - Lily Haime

1993, tome 1: Les Roses Cherokees - Lily Haime






Titre: 1993, tome 1, Les Roses Cherokees
Autrice: Lily Haime
MxM Bookmark, collection
Genre: historique, romance MM



SERVICE PRESSE




Résumé:


« Tu as hérité de son rêve de liberté. Et Dieu sait à quel point il brise les coeurs dans cette famille, ce rêve-là... » En 2018, Emy Callaghan, jeune éditrice à Boston, ouvre le premier de six carnets vieux de plus de vingt ans... En 1993, Angel Mitchell revint à Harrison, petite ville côtière de Caroline du Nord, fief des Mitchell, l'une des familles les plus puissantes du pays. À vingt-deux ans, sorti major de sa promotion à Harvard, il en est le plus jeune héritier. Destiné à siéger au conseil d'administration de Mitchell Corp, et à épouser la fille du sénateur Preston, son avenir est déjà tout tracé. Il marchera sur les pas de son père, de son grand-père et de tous les Mitchell avant ça. Et s'il a du talent pour l'écriture, s'il remplit les vieux carnets de sa mère de ses nouvelles, c'est pour lui rendre hommage, elle qui écrivait tant de poésies. C'est aussi pour rester proche de lui, de ce garçon qu'il a aimé en secret des années plus tôt. Ce fils de pécheur, ce fils de Masboro Island. Jay. À Harrison, dans le sud conservateur, alors que l'homosexualité vient juste d'être retirée de la liste des maladies de l'OMS, alors que l'on parle encore du cancer gay, alors que les centres de conversions sont encore jugés comme une bonne solution, il n'y a aucune place pour les différences. De cet amour, Angel ne garde qu'un vieux polaroïd et un soir de pluie qui le hante encore. Le soir où Jay l'a protégé. Le soir où il s'est enfui, caché sous une capuche pour que personne ne puisse le reconnaitre. Et si les années ont tissé cette haine envers les Mitchell, envers Angel, Jay ne l'a jamais trahi. Aujourd'hui Angel voit les murs de son monde se resserrer autour de lui. Il étouffe. Et sa seule liberté reste ces mots qu'il écrit pour Jay. Et les mots ont un pouvoir... Les mots sont des ponts pour que d'un monde à l'autre on puisse toujours se retrouver. « C'est lui, la rose Cherokee. La rose qu'on espère voir le matin, durant cet instant juste avant l'aube, lorsqu'on peut encore tout imaginer. Et tout rêver... »




Biographie de l'autrice:


Lily Haime est née sur le sol français et a grandi au milieu des livres avec une famille aimant l'écriture et la lecture. Une pincée de jolis mots, on saupoudre le tout de poésie et on enrobe d'une histoire haletante. Voilà ce qui a bercé Lily durant sa jeunesse. Mais en plus de cette passion qu'elle partage à présent avec ces ouvrages, Lily aime son mari, son fils, et la Nouvelle Calédonie où elle réside actuellement. Comment résister au soleil, à la plage et à la vie plus calme et sereine ? C'est donc à l'autre bout du monde qu'elle écrit ses jolies histoires, accompagné de son chat et de tous les chiens des voisins qui viennent dormir sur la terrasse. Apparemment, un sac de croquette serait toujours là pour assouvir les petites envies. Mais Lily, c'est aussi, une fan des informations insolites, des chaussures à talons, de la série Esprit Criminel, du fait d'être en retard le matin juste pour dire « Merde, je suis à la bourre ! ». Et il semblerait qu'un paquet de nounours à la guimauve n'est jamais loin.




Chronique d'Aurélie


Tout d’abord je remercie infiniment MxM Bookmark pour ce partenariat, cette belle découverte et leur disponibilité.
Il est des livres qu’on regrette de ne pas avoir lus plus tôt. D’autres qu’on sait lire quand c’est le bon moment. Pile l’instant où les mots auront le plus de sens, où le cœur battra à l’unisson avec chacun d’eux. Où la magie se fera et nous emportera complètement à travers les pages d’un roman. C’est exactement le sentiment que j’ai eu avec Les Roses Cherokees. J’aurais dû le lire plus tôt, mais je ne l’ai pas fait. Et il a résonné si fort en moi que les mots de mon âme se sont mélangés à ceux de l’autrice. Et qu’il m’a hantée pendant ces jours à le lire, à le vivre, surtout.
La plume de Lily est magnifique, acérée et pourtant douce, capable de bousculer, ou d’apaiser. De faire sourire et pleurer. Parfois, quelques petites répétitions m’ont troublée, mais c’est surtout parce que ses mots me font tant d’effet que faire retomber cette tension littéraire m’a perturbée dans ces moments-là. Sans doute suis-je trop maniaque, je ne le nie pas. Il y a eu des moments où j’ai trouvé les énumérations trop longues également. Et quelques incohérences peuplent le récit, qui n’ont cependant aucun impact sur l’intrigue en elle-même. Ce sont vraiment des défauts mineurs mais que j’ai malgré tout relevés par moments.
Cette histoire nous transporte il y a vingt-cinq ans, au cours de l’été 1993, une période encore délicate côté droits LGBT+, et ce dans un milieu riche, huppé, « privilégié », comme on dit. On y suit les pas d’Angel, un jeune homme parfait à la vie parfaite, intelligent, beau, charmant, qui va se marier et suivre les pas de son père, comme tous les Mitchell avant lui. Sauf que, dans le secret de son cœur, Angel rêve à tout autre chose. Peu à peu, alors qu’il rentre chez lui après un cursus à Harvard, il va se dévêtir sous nos yeux, éplucher ses couches jusqu’à ce qu’on sente vibrer son âme d’oiseau.
Angel fait partie de ces âmes qu’il ne faut pas enfermer, jamais. De ces esclaves souriants qui cachent au fond de leur âme une vie bien trop intense, bien trop entière pour être jamais enfermée tout à fait. Un rêveur qui rêve de déployer ses ailes. Et de s’envoler, comme sa mère le lui soufflait, enfant, avant qu’elle ne disparaisse de sa vie. Ou peut-être est-elle encore là, cachée dans ces cahiers qu’Angel emmène partout avec lui, dans ce besoin d’écrire, irrépressible, qu’il éprouve sans cesse, dans ces roses cherokees au parfum exceptionnel, qu’elle chérissait tant. Peut-être est-elle dissimulée au détour du chemin, sous un visage allié, discret, qui veille en secret sur ce fils qui lui ressemble tant…
Mais en face d’Angel, le pire des adversaires. Ce père qui a de si grandes attentes, prodigue peu d’amour mais beaucoup de critiques et d’exigences, qui veille au grain, qui veille à ce que son fils jamais ne sorte du droit chemin… Qu’il se range, qu’il épouse April, qu’il suive ses pas, et surtout, surtout… qu’il ne le fréquente pas. Ce mauvais garçon, cet homosexuel, ce « porteur de SIDA » qu’est Jay.
Jay qu’Angel a autrefois aimé. Jay qu’il n’a jamais su oublier. Jay qu’il aime toujours aussi fort, si fort qu’il se considère malade… malade de Jay. C’est lui qu’il veut, lui qu’il désire, mais le grand Barry Mitchell a été très clair : « il n’y a pas de ça dans notre famille. —De ça ? —De pédés. ». Non, il n’y a pas de pédés chez les Mitchell, c’est un fait, personne ne peut lutter contre ce fait bien établi, bien ancré. Angel doit se plier et vivre la vie qui a été décidée pour lui, quoi qu’il advienne. Mais le pourra-t-il vraiment sans se briser les ailes, l’âme et le cœur ? « Parce qu’il n’y a peut-être pas de pédés dans cette famille. Mais il y a moi, tu vois. Que tu le veuilles ou non. Il y a MOI ! »
Oui, Angel est différent. Différent de son père, de ses ancêtres. Différent de ces gens, de ce milieu qui l’entoure, dans lequel il a grandi, et qu’il souhaiterait renier. Qui lui donne la nausée, l’envie de ne plus vivre, parce qu’à quoi bon vivre quand on est enfermé dans une cage, fût-elle dorée ?
Et puis il y a Jay, justement. Le beau, le ténébreux, le torturé Jay, qui a tant souffert par la faute de ce monde qui les contraint, par la tragédie d’un amour d’adolescence brisé. Il a tenté de se reconstituer un masque, de haïr Angel, de l’oublier. Mais quand deux âmes ont touché du bout des doigts la beauté d’un amour unique et si pur, si puissant, comment faire pour tourner la page ? Surtout quand on nous a tout arraché ?
Un destin fatal, deux cœurs brisés, une histoire magistralement menée, qui nous montre que la cage a beau être d’or massif, elle reste toujours une cage… J’ai aimé évoluer dans les hautes sphères de la société, voir à quel point ces gens sont enfermés, à quel point tout n’est que masques. Ils ne vivent pas, ils jouent un rôle. Un rôle que parfois ils parviennent à assumer toute la vie durant. Mais que certains ne savent pas jouer à la perfection, comme on le leur a imposé. Quand on a une mère qui marchait pieds nus dans les jardins, cheveux au vent, quand on aime les sauvages roses cherokees et qu’on possède l’âme d’un poète, quand on ne peut écrire la fin d’une histoire parce qu’on a tant besoin que l’Autre, cet Autre qui nous remplit et nous bouscule, l’écrive pour nous… comment se contenter d’un moule trop bien lissé ?
Ce roman m’a secouée, émue, bousculée, fait sourire, parfois, pleurer un peu, aussi. J’en ai aimé la douceur autant que la brutalité, la passion et la haine, la gentillesse et la cruauté, la sagesse et la folie. C’était violent, c’était mouvementé, comme un océan tourmenté, comme une barque ballottée sur une mer déchainée. Avec ces temps de calme, et ces bourrasques à vous ébranler. Avec cette peur de perdre tout, et cet espoir que le soleil, un jour, revienne à l’horizon.
J’ai aimé les mains tendues des amis et des proches qui comprennent, de ceux qui ne comprennent pas mais tendent la main malgré tout. J’ai aimé aussi ces obstacles qui paraissent inhumains, cette fatalité qui pèse sur ces épaules. Ce monde où tout n’est pas noir ou blanc, mais où chacun est bloqué dans son rôle, et où prendre une décision juste n’est pas toujours facile à accomplir. J’ai aimé cette époque qui nous replonge dans un passé si proche, et pourtant déjà si lointain…
Ce premier opus est un gros coup de cœur qui m’a énormément bouleversée. Je ne suis pas sûre d’en attendre le second tome avec impatience, le premier finit d’une manière qui m’a touchée et j’ai peur de la suite. Malgré tout, évidemment, je me replongerai dedans avec autant de crainte que de joie, quand il sortira… En attendant ce premier opus se lit tout seul sans forcément attendre une suite, il se conclut en soi, et l’histoire en est magnifique. <3

Points positifs : une plume poétique et aiguisée, magique ; des personnages attachants ; des sujets difficiles et bouleversants ; un contexte socio-historique superbement retracé ; une histoire émouvante et grandiose.

Points négatifs : quelques répétitions par moments, de petites incohérences et parfois quelques petites lourdeurs dans les énumérations.



Note : 4,9/5


3 commentaires:

  1. je t'avoue que je ne connaissais pas mais là je suis trop tentée ! **

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    1. De mon côté il sera lu prochainement ; il me tente pas mal également !

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    2. contente si ma chronique te tente, il est fabuleux ce roman! <3

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