jeudi 17 mai 2018

[Chronique] A mon tour de pleurer - Keri Kusabi

A mon tour de pleurer - Keri Kusabi






Titre: A mon tour de pleurer
Auteur: Keri Kusabi
Éditions Hana collection
Genre: manga, yaoi
Âge: 18+
One-shot




Résumé:


Comment transformer la discrimination en force de manipulation...

Un jeune alpha, Takaba, est embauché dans une nouvelle entreprise après avoir démissionné de son ancien travail. Mais son supérieur Karasuma est une des personnes qu'il déteste le plus : un oméga… Les choses ne s'arrangent pas lorsqu'il découvre que Karasuma couche avec n'importe qui pour obtenir des promotions ou des augmentations. Entre Takaba, qui a été traumatisé par les omégas étant enfant, et Karasuma qui déteste les alphas et qui se sert d'eux pour arriver à ses fins, la situation paraît compliquée… Les deux hommes parviendront-ils à s'entendre ?

Pour son premier manga, découvrez l'univers omegaverse de Keri Kusabi !




Chronique d'Aurélie


Je ne sais même pas comment j’en suis arrivée à acheter ce manga, en fait. Sur un conseil de lecteur, je crois… Ou alors j’ai simplement flashé sur la couverture.

Parce que clairement, la couverture est juste magnifique. C’est un gros coup de cœur pour moi que cette illustration à la fois tendre et sensuelle, la beauté des deux personnages, le choix de ces couleurs douces qui donnent une ambiance très romantique. Rien que pour la couverture, je ne pouvais pas résister à l’acheter.

Les dessins, à l’intérieur du manga, sont à la hauteur de cette première illustration. Ce sont des bijoux. Le style me fait un peu penser à celui de Psyche Delico, au passage. Dans la finesse de ces traits un peu secs mais splendides, la profondeur des expressions, qui contraste avec certaines scènes où les visages sont à l’inverse dénués d’expressivité, et l’érotisme brûlant des scènes de sexe.
Ces scènes érotiques sont d’une beauté, d’une sensualité, d’une impudeur complète. Seul petit bémol, les sexes sont censurés, ce que je trouve toujours dommage dans un manga aussi ardent. Ceci dit, cela ne gêne pas trop ces scènes, qui sont de toute manière magnifiquement travaillées, et parfois choquantes (beaucoup de scènes de sexe à plusieurs), et très crues.

L’histoire en elle-même n’est pas exceptionnelle, mais elle est très prenante, et touchante. Rien de bien extraordinaire dans le scénario, ce qui n’est pas pour autant ni lassant ni « has been ». On se laisse emporter par la gentillesse et le sérieux de Tabaka autant que par la sensualité et la détresse cachée de Karasuma. Deux personnages que tout semble opposer, qui n’ont pas la même manière de considérer leur travail, la relation à l’autre, l’amour, le sexe. Évidemment, comme on s’y attend, ça va faire des étincelles.

Point positif et négatif à la fois de l’histoire, l’univers omegaverse. J’aime assez l’idée des alphas, bêtas et particulièrement les omégas, qui dégagent ces phéromones capables de rendre fous les autres, notamment les alphas. J’aime aussi l’idée des périodes de « chaleur » des omégas qui sont ici menées comme un élément important de l’intrigue. J’aime aussi cette notion de hiérarchie qui crée des dissensions entre les trois catégories, et qui encore une fois, ici, a un grand intérêt, puisque les rôles sont inversés : Karasuma, oméga, est le chef de service, qui a sous ses ordres plusieurs alphas, dont le nouveau venu, Tabaka, qui, contrairement aux autres alphas qui sont tous surtout attirés par les omégas (qu’ils considèrent souvent plus ou moins comme des objets sexuels), les détestent, pour des raisons personnelles.

Pour finir, j’aime l’idée de possession, qui fait qu’un oméga peut être clamé par un alpha (ou éventuellement un bêta) et que lorsque c’est le cas, leur relation devient exclusive et change jusqu’aux hormones distillées par l’oméga lié à un partenaire.

Cependant, ce que j’aime beaucoup moins dans cet univers, c’est la possibilité pour l’oméga de tomber enceint. Je n’en perçois pas l’intérêt, à part le côté fantasme de certaines femmes (lectrices, autrices), je suppose, mais personnellement, ça me dérange plus qu’autre chose. Enfin, ce n’est pas trop abordé dans l’histoire, mis à part que Karasuma prend la pilule pour éviter toute grossesse.

Dans l’ensemble, l’univers, ici, est un plus qui rajoute à l’histoire. De fait grâce à cette ambiance particulière, la romance somme toute assez commune est finalement assez originale et touchante. Ces conflits de « castes » sont une sorte de fatalité qui donne aux héros un passé torturé et traumatisé. Autant Karasuma, oméga séquestré et visiblement détesté par son père alpha, que Tabaka, alpha qui a subi son père oméga, ses chaleurs et ses relations bien trop nombreuses avec trop d’alphas alors qu’il n’était qu’un enfant. Tout oppose ces deux-là, leur vision de l’autre caste et leur façon d’agir et de penser sont extrêmement différentes de ce que l’on pourrait attendre d’eux. Et leurs comportements et paroles les surprennent l’un l’autre… puis les intriguent, avant, inévitablement, de finir par les attirer.

L’histoire est assez dure, Karasuma ayant gravi les échelons sociaux en se laissant baiser par ses supérieurs, encore et encore, souvent à plusieurs. Tabaka ne comprend pas ses choix, et ne les accepte pas. Mais Karasuma a-t-il vraiment le choix, s’il veut se maintenir dans les hauteurs alors qu’il n’est, à la base, qu’un simple oméga ? Peu à peu, Tabaka perçoit toutes les implications du comportement de Karasuma, et discerne sa détresse derrière ses fanfaronnades. Karasuma a beau dire que sa vie lui convient, ne souhaite-t-il pas, au fond, tout à fait autre chose ? Trouver un partenaire, se lier à lui, goûter à l’amour, dont sa vie est dénuée ? Parmi tous les terribles requins sans pitié qui l’entourent, évidemment que Karasuma va petit à petit s’appuyer sur Tabaka, dépendre de lui… s’éprendre de cet homme droit qui lutte contre ses pulsions et n’est que douceur et gentillesse…

J’ai énormément aimé les échanges à la fois tendus, brûlants et remplis d’émotions de nos deux héros, autant que la détresse visible de Tabaka alors qu’il tombe peu à peu amoureux de Karasuma, qu’il souffre de le voir s’offrir de la sorte à tous ceux qui lui imposent de se soumettre et de leur donner son corps. Je n’ai parfois pas compris pourquoi il ne réagissait pas, pourquoi il reste pétrifié à regarder Karasuma se faire baiser, sans intervenir, parfois c’était déstabilisant, mais parfois c’était un peu maladroit. J’ai adoré la façon contenue de Karasuma de gérer ses émotions, ses changements de comportement, la manière dont, petit à petit, ses propres actes le dégoûtent, alors qu’il s’éprend de Tabaka. Il n’en dit rien, mais cela se ressent dans son regard, ses expressions, sa détresse de plus en plus visible. Ce qui autrefois était un moyen de monter en grade devient au fil de l’histoire, un sacrifice qu’il ne peut supporter… Alors que les sentiments des deux héros s’affinent et s’affirment, la tension grimpe, et avec elle le désarroi de ces deux jeunes hommes qui, parfois, n’ont juste pas le choix de leurs actes.

Une histoire vibrante d’émotions et d’érotisme, parfois difficile, mais parfois, aussi, d’une tendresse inattendue. Ce n’est pas un coup de cœur, mais je ne regrette pas plus mon achat, qui m’a octroyé un très beau moment de lecture. Et rien que pour les dessins, ce manga vaut le détour… <3



Points positifs : des dessins magnifiques et très travaillés ; des personnages mystérieux, torturés, intrigants ; une histoire difficile, sombre, bien menée ; de l’érotisme débridé.

Points négatifs : je ne suis pas fan du principe des hommes (omégas) pouvant tomber enceints (par contre j’aime beaucoup l’idée des chaleurs ^^) ; parfois, je n’ai juste pas compris pourquoi Tabaka ne réagissait juste pas.





Note : 4,5/5


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