lundi 23 avril 2018

[Chronique] Forbidden - Tabitha Suzuma

Forbidden, version anglaise - Tabhita Suzuma





Titre: Forbidden
Autrice: Tabitha Suzuma
Éditions Definition pour la version anglaise
Éditions Milady pour la version française
Genre: dark romance, contemporain
Version anglaise




Résumé:


L'amour est leur seul crime.

Un roman d'amour qui vous hantera longtemps...

« Je refuse de laisser le monde extérieur nous condamner et détruire le plus beau jour de ma vie. Celui où j'ai embrassé le garçon qui hantait mes rêves depuis toujours. Sommes-nous condamnés à nous dissimuler derrière des portes closes et des rideaux tirés ? »

Il ne reste plus grand-chose de la famille Whiteley. Le père a refait sa vie à l'autre bout du monde, la mère essaie d'en faire autant. Elle dépense plus d'argent chaque mois en alcool et en fringues qu'en pension alimentaire pour ses cinq enfants. Dans la débâcle, les deux aînés, Maya et Lochan, seize et dix-sept ans, décident de prendre les choses en main. En effet, si les services sociaux s'en mêlent, ils seront séparés, placés dans des foyers aux quatre coins du pays. Luttant ensemble pour maintenir leur famille unie, ils partagent les mêmes joies et les mêmes peines. Mais peuvent-ils vraiment s'avouer ce qu'ils ressentent l'un pour l'autre ?

Mot de l'éditeur :
Forbidden est un roman profondément troublant. L'amour qui naît entre Maya et Lochan est un amour impossible parce que la société l'interdit. Pourtant, dans cette famille dysfonctionnelle dont ils ont pris les rênes, se substituant à des parents absents, l'amour de Maya et Lochan a beau être contre-nature, c'est naturellement qu'il éclot. Privés de leurs repères dans cette famille qui vit repliée sur elle-même, ces adolescents fragiles luttent contre leur désir et leurs sentiments car ils savent que leur amour sera condamné unanimement par le monde extérieur.

Tabitha Suzuma dépeint avec pudeur et délicatesse cet amour impossible entre un frère et une soeur dont les circonstances de la vie ont fait des adultes avant l'heure. Une véritable tragédie des temps modernes.



Biographie de l'autrice:


Née d'une mère anglaise et d'un père japonais, Tabitha Suzuma est l'aînée de cinq enfants. Elle fréquente le lycée français de Londres où elle s'ennuie ferme ; pour passer le temps, elle se force à écrire de la main gauche, mais cela ne suffit pas à la distraire. Elle quitte l'école à quatorze ans pour privilégier l'enseignement à distance. Diplômée en littérature française du King's College de Londres, elle enseigne la langue anglaise à des étrangers, fait quelques traductions et se met bientôt à écrire. Elle a déjà publié six romans et travaille actuellement à l'écriture du septième.

Chronique d'Aurélie


Jamais, de ma vie, je n’aurais imaginé être capable de pleurer autant à la lecture d’un roman. Jamais de ma vie je n’ai pleuré pendant plus de 60 pages d’affilée, le corps secoué de sanglots, incapable de détacher mes yeux de ma lecture, mais le cœur tellement brisé que continuer était une véritable déchirure. Que j’y voyais flou, que mes pleurs étaient entrecoupés, que je n’arrivais plus à respirer. Jamais je n’ai eu envie ensuite d’aller me blottir dans les bras d’un de mes enfants, de les serrer contre moi, en me répétant qu’ils allaient bien, qu’ils étaient heureux, qu’ils avaient la chance d’avoir une maman pour les aimer, les chérir et veiller sur eux. La chance d’avoir une famille, et de pouvoir s’épanouir loin de la violence du monde.

Jamais non plus je n’ai été aussi révoltée par un livre, de toute ma vie. Ne vous méprenez pas, au-delà d’un coup de cœur, cette lecture a été une véritable révélation. On me l’avait conseillée en me prévenant qu’elle serait dure, et j’ai tergiversé pendant des jours, à 100 pages de la fin, à m’être déjà arraché le cœur tout du long à subir la situation des enfants Whitely, la fatalité de cette famille dont les « véritables » parents en charge ont 16 et 17 ans, et ont dû cesser depuis bien longtemps d’être les enfants qu’ils auraient dû pouvoir être. Je m’attendais à la fin. Mais cela ne m’a pas protégée de l’avalanche émotionnelle, douloureuse, terriblement meurtrière, qui m’a dévastée au fur et à mesure que je tournais les pages, que je m’approchais de l’inéluctable, la tragédie de vies brisées par des parents indignes, par un monde intolérant et cruel qui n’a pas compris l’essentiel.

Oui, ce livre parle d’inceste. Ou plutôt, non, il n’en parle pas. Il parle de deux personnes, deux enfants, deux adolescents, deux jeunes adultes, qui ont dû lutter contre le sort qui s’était abattu sur leur famille : un père qui a disparu de leur vie, une mère ivrogne qui ne rentre que rarement à la maison et menace sans cesse de même couper les vivres. Lochan et Maya sont en charge complète de la maison, de leur famille, de leurs vies et de celles de leurs petits frères et sœur. Ils se battent sans cesse pour que leur famille brisée ne tombe pas en ruine, que les enfants, plus jeunes (et il y en a trois, de 5, 9 et 13 ans…), aient tout ce dont ils ont besoin, qu’ils soient aussi heureux que possible, même si la situation est trop lourde pour leurs épaules à tous. Ils se battent pour que les services sociaux ne leur tombent pas sur le dos et les séparent tous. Face à ces épreuves insurmontables, qu’aucun adolescent de leur âge ne devrait jamais avoir à traverser, ils se sont unis, plus qu’unis, même, ils sont leur pilier mutuel, leur soutien, leur monde. Plus que frère et sœur, ils sont partenaires, presque couple, avec les devoirs qui incombent à un père et une mère. Ils sont meilleurs amis. Ils s’aiment. S’ils avaient vécu dans une famille « normale », auraient-ils éprouvé ces sentiments inavouables, qui les poussent l’un vers l’autre, qu’ils craignent et qui les ravissent en même temps ? Peut-être, peut-être pas. Impossible à dire. La question est posée, et on ignorera la réponse. Tout comme on ignorera toujours ce qu’il aurait pu advenir dans le futur.

L’autrice, dont la plume est splendide (et j’ai eu la chance de pouvoir le lire en anglais, un pur délice, et un pur supplice), parvient à aborder un sujet plus que tabou avec un brio incroyable. Et à nous faire remettre en question tous les préjugés qu’on traine derrière soi, tous ces jugements moraux qui nous cloisonnent dans un monde purement arbitraire. Qui sommes-nous pour décider de ce qui est juste ou intolérable ? Qui sommes-nous pour juger les autres à travers nos propres conditionnements et filtres, cette culture étroite et bourrée d’aprioris qui nous poussent à définir jusqu’à l’Amour selon nos propres critères ? Cette œuvre nous bouscule, nous touche, profondément, remet en cause toutes nos préconceptions. Oui, c’est d’un amour hors norme dont nous parlons ici. Mais nous savons tous que l’amour a ses raisons que la raison ne connait pas. Et quand bien même, raisons, ici, il y en a, tellement ! Lochan et Maya, c’est une évidence, et le fait qu’ils aient eu le malheur de naître de la même mère est une fatalité plus qu’une monstruosité.

Je dois l’avouer, ce livre m’a secouée, et profondément choquée. Choquée, pas parce qu’un frère et une sœur s’aiment désespérément, luttent pour ne pas ressentir ce qu’ils ressentent, et réalisent finalement qu’ensemble, ils sont plus forts. Qu’ensemble, ils peuvent faire face à leur terrible situation familiale, élever ces trois enfants qui ne sont que leurs frères et sœur, mais dont ils ont hérité sans qu’on ne leur ait demandé leur avis. Qu’ensemble, ils peuvent rendre cette famille heureuse, même si les parents ont déserté la place. Choquée, je le suis par ces lois qui sont capables de condamner à la prison deux personnes qui s’aiment, parce que les liens du sang les unissent. Je ne défends pas l’inceste, je réalise juste qu’on est bien peu de choses face à ses propres sentiments, et que les affaires de « bien » ou de « mal » n’ont rien à faire avec l’amour. Après tout, comme le disent Lochan et Maya, à qui font-ils du mal en s’aimant ? À personne. Bien au contraire. S’aimer les rend plus fort, et rend leur famille plus heureuse, plus épanouie. Et ça, quelque part, c’est peut-être le plus important.

Un roman qui bouscule, qui chamboule, qui nous met des claques en pleine face, encore et encore, jusqu’à ce qu’on n’en puisse plus, qu’on veuille crier grâce, pour nous, pour eux, aussi. Parce que Lochan et Maya, on les aime, et avec eux, Willa, Tiffin et Kit, ces trois enfants qui dépendent d’eux, qui s’aiment, sont unis, prêts à tout quand il s’agit de sauver leur chère famille, même si parfois ils montrent des facettes de leurs personnalités terribles, même si parfois ils détestent leurs grands frère et sœur parce qu’ils doivent jouer ces rôles parentaux dont ils n’ont jamais demandé à porter le poids. Cette histoire, c’est une histoire d’amour à tous niveaux. Amour passionnel, amour complice, amour familial et fraternel, aussi. Une leçon de vie, tellement immense. Et une histoire où rien ne nous est épargné. C’est bien la première fois de ma vie que je pleure sur un premier baiser. La première fois de ma vie qu’un livre me fait réaliser la chance qu’ont mes enfants de vivre à mes côtés. La première fois aussi que je dois me relever à 4 heures du matin passées pour écrire cette chronique, parce que mes yeux refusent de se fermer, que ma tête est pleine encore de cette souffrance, cette terrible fatalité qui m’a fait vibrer tout du long de ce roman. Et ce n’est pas souvent que je me sens aussi proche des personnages d’un livre. Touchée droit au cœur. Avec eux, jusqu’à la fin. Ils font partie de ces quelques héros inoubliables (et j’agrandis ici le terme de héros à toute la famille, car même si l’on suit uniquement le point de vue de Lochan et Maya, Kit, Tiffin et Willa m’ont aussi énormément touchée, et j’avais tellement envie de les prendre dans mes bras à la fin, entre deux crises de larmes, ou pendant, aussi, d’ailleurs…) qui resteront à jamais dans mon cœur.

Je pourrais parler des heures de ce livre, mais à la place, je vais vous inviter à le découvrir par vous-même. Ce sera un voyage inoubliable, mais il faut avoir le cœur vraiment accroché pour aller au bout de l’histoire. Pas de pincettes, pas de happy ending sortant de sous le tapis, vous ne serez pas épargnés. Et si vous ne vous écroulez pas à la fin, eh bien, c’est soit que vous êtes inébranlables, soit que vous avez le cœur extrêmement solide ! Mais, malgré ces souffrances qui vous condamnent à partir du moment où vous plongez à fond dans l’histoire de la famille Whitely, ce que je retiens, moi, de ce roman, c’est qu’il est profondément touchant, émouvant, juste.

Pour conclure, je vous laisse découvrir un extrait qui m’a particulièrement touchée, que je vous mets ici en anglais, et que je vous traduis (mais ce ne sera pas les mots de la traduction de Milady, je ne l’ai pas)

But how to get across the outside world that Lochie and I are siblings only through a biological mishap ? That we were never brother and sister in the real sens, but always partners, having to bring up a real family as we grew up ourselves. How to explain that Lochan has never felt like a brother but like something far, far closer than that – a soul mate, a best friend, part of the very fibre of my being? How to explain that this situation, the love we feel for one another – everything that to others may seem sick and twisted and disgusting – to us feels completely natural and wonderful and oh – so, so right?”

« Comment faire comprendre au monde extérieur que Lochie et moi n’appartenons à la même fratrie que par le fait d’un incident biologique ? Que nous n’avons jamais été frère et sœur dans le sens réel du terme, mais toujours partenaires, ayant à élever une vraie famille alors que nous grandissions encore nous-mêmes ? Comment expliquer que je n’ai jamais considéré Lochan comme un frère, mais comme quelque chose de beaucoup, beaucoup plus proche que cela – mon âme sœur, mon meilleur ami, faisant partie des fibres-mêmes de mon être ? Comment expliquer que cette situation, cet amour que nous ressentons l’un pour l’autre – tout ce que les autres semblent considérer comme étant malsain, tordu et dégoûtant –, nous l’avons toujours ressenti comme étant complètement naturel et merveilleux, et, oh, tellement, tellement juste ? »



Points positifs : une très, très belle plume, juste, touchante et bouleversante ; une histoire qui secoue jusqu’aux tréfonds de l’âme ; une romance difficile, terrible et tragique, mais d’une beauté à couper le souffle ; un sujet très difficile à aborder, mais abordé ici avec un brio incroyable ; des personnages justes, humains, émouvants, avec qui on vibre, espère et souffre.

Points négatifs : à part la quantité de larmes versées, absolument aucun.




Note : 5/5

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