samedi 4 août 2018

[Série] When we rise - Dustin Lance Black

When we rise







Sortie: du 27 février au 3 mars 2017 sur ABC aux USA
Réalisateur: Dustin Lance Black
Studio: ABC
Genre: série, dramatique, LGBT, historique




Résumé:


En 2006, Cleve Jones, figure majeure du mouvement gay américain, revient au cours d'une interview sur son parcours et celui de ses camarades de lutte. En 1972, le jeune Cleve, actif dans la lutte contre la guerre du Vietnam, décide de quitter son Arizona natal pour vivre sa vie à San Francisco. Roma Guy, de son côté, membre des Corps de la Paix au Togo, rentre aux Etats-Unis, décidée à lutter pour les droits des femmes, mais laissant derrière elle son amante. Ken Jones, un soldat noir de la Navy, est envoyé à San Fransisco par ses supérieurs, qui le surveillent de près...



Chronique d'Aurélie



Lorsque j’ai découvert l’existence de cette série sur un groupe Facebook, je me suis dit que ça m’avait tout l’air d’un incontournable. Et mon dieu quelle claque que cette histoire. J’ai vibré, pleuré, eu envie de hurler, souri, ri et me suis émue, sans jamais un temps mort ni une seconde de répit. Oh, il ne se passe pas que des aventures palpitantes, dans cette série, mais elle est tellement dense niveau émotionnel et politico-culturel que j’ai été à peu près plaquée devant du début à la fin.

« When we rise », c’est une fiction historique telle que je les aime. Oh, elle n’est pas parfaite, loin de là, et je ne peux notamment que m’attrister du fait que les personnages ont changé d’acteurs en cours de route. C’est vrai, entre les épisodes, il y a parfois un gap de temps important (ce qui n’est pas toujours facile à gérer quand on est à fond dans une période et une suite d’évènements importants et que l’on saute soudain 7, 10 ans plus tard), mais j’aurais apprécié que les acteurs soient, comme certains qui restent d’ailleurs, vieillis plutôt que changés, d’autant que le choix n’a pas forcément toujours correspondu aux acteurs de la première période.

Ce sont là, pour moi, les deux défauts majeurs de cette série : les acteurs qui changent et les gaps de temps importants. Parfois, à la fin d’un épisode, on est à la limite du cliffhanger, alors entrer dans le suivant 7 ans plus tard, ça fait tout drôle.

Ceci dit, je comprends le choix scénaristique du réalisateur, qui s’est concentré sur les évènements capitaux d’une période de temps très vaste : de 1972 à 2013. En 8 épisodes, il était difficile de faire autrement. Et parfois, ces sauts dans le temps nous ont épargnés des passages pénibles, notamment dans la période « SIDA ». Déjà qu’apprendre que certains personnages étaient morts (bien trop nombreux hélas, mais c’est l’époque qui voulait ça… :’( ) a été très douloureux et m’a fait pleurer toutes les larmes de mon corps, alors je n’imagine pas ce que cela aurait donné si nous avions dû assister à plus de décès.

C’est là l’une des forces les plus incroyables de cette mini-série : elle ne prend pas de pincettes et nous montre réellement l’évolution du mouvement LGBT au fil du temps, et ce autant dans ses victoires que ses défaites. Et les épreuves sont nombreuses, et terriblement difficiles et cruelles, parfois.

Les deux ou trois épisodes centrés sur l’épidémie de SIDA qui a eu lieu dans les années 80 et a particulièrement touché la communauté gay aux USA sont extrêmement rudes et violents. Le réalisateur n’a pas cherché à enjoliver les choses, ni à tomber dans le drama, non : il nous montre la réalité telle qu’elle était, crue, horrible, angoissante et atterrante. Les gens touchés un à un, les morts par milliers, le combat pour obtenir le droit à des soins et les recherches pour trouver un moyen de guérir ce fléau, la peur de ceux atteints par le virus, la souffrance de ceux qui perdent un, des proches, la communauté qui s’unit et lutte ensemble pour tenter de sortir de ce cauchemar, mais trop tard pour épargner les nombreux morts…

De la même manière, les premières luttes LGBT et féministes sont d’une violence inouïe, dans la manière dont les forces de l’ordre y ont répondu systématiquement, autant que les mœurs de l’époque, caractérisant l’homosexualité comme une maladie, et proposant des « techniques médicales » pour traiter cette « déviance ». La série est peuplée d’images d’époque, qui ont un impact hallucinant sur l’histoire : on n’est plus seulement dans la fiction, ici. Les vidéos prises au cours de ces évènements, luttes, manifestations, émeutes, attaques des forces de l’ordre, commémorations et marches pour les droits LGBT oscille avec les images filmées pour la série et nous montrent que oui, tout cela s’est bien vraiment passé.

Et c’est là qu’évidemment, on a envie de hurler, de pleurer, de se révolter contre certains évènements, certaines réponses de l’état face à ces mouvements qui se voulaient globalement pacifiques. On réalise avec horreur que oui, la barbarie existait aux États-Unis dans les années 70-80, et quelle barbarie ! Les images d’époque sont choquantes, traumatisantes, à l’image d’une réalité qu’on a du mal à accepter tant elle est brutale…

Ces retours sur les faits réels, cette insertion de vidéos « reportage » au fil de la série, est un immense plus, malgré sa violence, qui rend la série extrêmement dure et en fait une histoire pour public averti au cœur accroché. Au-delà d’une fiction réaliste, When we rise est surtout un témoignage des plus réussis d’une lutte qui ne s’est pas fait sans douleur ni sans difficulté. Et c’est ainsi qu’à chaque avancées positives, on ne peut que s’émouvoir avec les héros, qui ont combattu contre vents et marées, parfois sans espoir, parfois en renonçant à leurs propres souffrances et épreuves personnelles pour faire avancer non pas seulement leur propre vie, mais celle de toute une immense communauté qui compte sur eux et qui est devenu, peu à peu, leur véritable famille.

Humainement parlant, ce n’est pas toujours rose non plus, loin de là. En plus des obstacles rencontrés vis-à-vis de la société, nos héros vont devoir faire face également à leur propre vie. On découvre les tensions de ces communautés qui se sont réunies parfois très difficilement sous un même mouvement (au début, par exemple, féministes et gays ne faisaient pas bon ménage). On découvre aussi à quel point femmes et LGBT sont parfois traités en parias et doivent affronter la vie avec tellement plus d’embûches et de défis que les autres. Parfois, la solution la plus simple était encore de « faire croire », pour pouvoir envisager de vivre sans être trop brimés. Certains sont prêts à ce genre d’arrangements, d’autres refusent toute forme de compromis. Entre les deux, parfois, des tensions naissent aussi…

Alors forcément, dans ce tableau très sombre et très violent d’un monde qui ne s’est pas construit sans larmes ni sans sang, la conclusion, la victoire en Californie de la cause LGBT qui luttait depuis la Prop 8 pour le mariage pour tous, est, au-delà d’une victoire, un moment d’intense émotion qui m’a fait lâcher bien des larmes. Après tant de tensions et d’épreuves, et même si nous savons que la lutte continue, cette avancée est la preuve que la société a enfin évolué assez et que la cause LGBT n’a pas lutté pour rien. C’est l’acquisition de droits similaires à ceux des hétéros, au moins du point de vue conjugal, et l’assurance que tous ces combats, ce sang et ces larmes versés, n’ont pas été vains. Quel bouleversement que ce moment de joie partagé avec les personnages, l’euphorie de la victoire après un combat long et difficile, l’émotion de pouvoir enfin être reconnus pleinement, la certitude que le monde a changé, même si le flambeau continuera de brûler tant que les LGBT ne seront pas considérés sous tous rapports de la même manière que le citoyen hétéro-cis alpha…


Cette série, c’est un témoignage poignant, douloureux et terriblement réaliste, d’une lutte qui n’a jamais cessé. D’hommes et de femmes qui ont combattu pour leurs droits, souffert, aimé, sont morts et sont nés dans ce monde en construction, mais n’ont jamais renoncé à se battre pour pouvoir être reconnus au même titre que les « gens normaux ». Ce n’est pas un film esthétique, artistique, poétique, non, c’est une histoire rude, violente, crue et brutale, qui ne prend aucune pincette pour nous montrer la réalité. C’est pourtant aussi un cri de liberté et d’amour qui ne peut laisser indifférent. Une série à voir. Vraiment. 



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