mardi 26 juin 2018

[Chronique] Dark Skies - F.V. Estyer

Dark Skies - F.V. Estyer





Titre: Dark Skies
Autrice: F.V. Estyer
Auto-édition
Genre: romance MM, darkromance, érotisme



SERVICE PRESSE





Résumé:


Une vie monotone. Un pavillon de banlieue. Une fiancée aimante. Matthew s'en contente parfaitement, sans rechigner. Taisant sa vraie nature. Ses réels désirs.Une rencontre fortuite. Un embrasement des sens.

La vie de Matthew bascule.

Et si le jour, il reste ce chic type sans histoire, lorsque vient la nuit, ses démons prennent le pouvoir.

Il ne lutte plus. Se laisse sombrer. Avec délice. Avec audace. Jusqu'à se perdre.

*** Roman érotique MM - Ce récit comporte des scènes explicites entre hommes ***




Chronique d'Aurélie


J’ai rencontré F.V. lors d’un salon auquel nous participions toutes les deux et étions voisines de table, ce qui m’a donné l’occasion de sympathiser un brin et m’a donné très envie de découvrir son univers. Ce que F.V. a accepté très gentiment, me confiant son roman, Dark Skies, le premier que je lis d’elle, donc. Et sans doute pas le dernier.

Que dire de ce livre, par où commencer ? Je l’ai dévoré avec un immense plaisir et suis encore plongée dedans tant c’était intense. Pas de temps de pause pour moi, même si je n’ai pas pu le lire d’une traite, j’étais immergée dedans entièrement, et je n’ai pas encore réussi à démarrer ma prochaine lecture, l’ayant terminé hier soir, j’ai besoin de prendre le temps d’atterrir un peu.

La plume de F.V. est tout simplement incroyable. Poignante, mordante, tranchante, l’autrice maîtrise les mots avec une immense facilité et nous offre ici un récit cru, dur, brutal et vrai. Son style n’est pas poétique, mais il est hyper réaliste, riche et fouillé, également. Pour moi, la plume d’un auteur est primordiale et va influer sur ma qualité de lecture, et là, je dois le dire, je tire mon chapeau à F.V. qui m’a complètement embarquée avec ses mots.

Je lis peu de récits à la première personne et au présent, mais ici, cela nous a permis d’entrer complètement dans l’esprit sur le point de rompre de Matt, son héros, et je dois dire que c’était un gros plus de l’histoire. Je pense que ce livre aurait perdu en qualité s’il avait été écrit à la troisième personne. Il aurait perdu en profondeur, et ne nous aurait pas permis de plonger à ce point dans le tableau.

D’autant que ce roman est bourré de scènes érotiques extrêmement brûlantes. Plus que ça, même, je dirais que cette histoire est érotique à peu près du début à la fin, avec quelques passages où l’on revient à la « vie normale », mais majoritairement, c’est une histoire où le sexe tient la première place, et aussi la seconde et la troisième. C’est une œuvre à réserver à un public très averti, d’autant que les scènes en sont à la fois très crues, très débridées, et très libertines : ici, on a du sexe en club, avec ou sans BDSM, à deux ou à plusieurs.

Alors vous pourriez m’arrêter ici et me dire que si l’érotisme a une telle importance dans l’histoire, c’est quand même dommage parce que ça laisse peu de place à une intrigue, une romance, etc, etc. Eh bien non. Pour moi l’érotisme est un des plus gros atouts de ce roman. Pour plusieurs raisons que je vais vous détailler à présent.

D’abord, parce qu’elles sont décrites comme j’ai rarement vu des scènes de sexe décrites. J’aime l’érotisme, mais souvent, je le lis comme je lirais n’importe quelle scène, sans ressentir grand-chose, ou parfois en levant un peu les yeux au ciel en me disant que c’est sympa, mais pas très réaliste. J’ai du mal à trouver un roman qui me paraisse réellement « hot ». Mais F.V. Estyer est un monstre dans le domaine. J’ai vibré, en lisant ces scènes. J’ai senti mon souffle se couper. Les actes décrits ont beau avoir été parfois (souvent ?) complètement contraires à mes propres valeurs, j’étais complètement dedans et oui, je peux le dire de cette histoire : j’ai eu très chaud.

Ensuite, parce qu’ici, elles sont part intégrante de l’intrigue, nécessaire à la construction du récit et, par la même occasion, à la construction de Matt. Ou à sa déconstruction, avant qu’il ne puisse renaître de ses cendres. Matt est gay mais a tout fait, dans son existence, pour être le parfait hétéro. Il a une fiancée, un boulot qu’il aime, un train de vie bien réglé. Il évite de regarder les hommes, refoule sa nature, et tout va bien. Du moins, c’était ce qu’il croyait avant de rencontrer Trent, qui fait renaître en lui de vieux démons et le plonge peu à peu dans un univers sombre, qui lui fait honte, certes, mais qui devient vite addictif. Et en cela, pour caractériser cette addiction, s’immerger dans les ténèbres avec notre héros torturé, ces scènes sont incontournables, du moins, à mes yeux. La seule qui m’ait déplu est la dernière au Dark Skies, avec Lui. Je comprends la démarche de l’autrice concernant cette scène mais moi j’en ai été un peu mitigée au vu des évènements précédents et des sentiments de Matt. Même si pour lui, c’est très flou à ce moment-là.

Enfin, parce que ces instants d’érotisme volés aux murs du Dark Skies nous montrent avec justesse et talent le monde de la nuit, la réalité de ces clubs, ou donjons, l’intensité brûlante de ces lieux où tout est permis (ou presque). Où les fantasmes deviennent réalité, où la réalité dépasse parfois les fantasmes. Avec Matt nous entrons dans un domaine à la fois fascinant, sensuel et, d’une certaine manière, écœurant, et j’ai trouvé que c’était très bien amené. On y plonge complètement, on n’a pas envie d’y rester, mais quelque part on partage les émotions de Matt, son désir de se fondre dans ce sexe débridé tout comme sa honte d’y participer. Un flot de sensations qu’on pourrait qualifier de pas très agréables mais que les connaisseurs sauront savourer. ;-)

Revenons sur l’intrigue. Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal à entrer dans le récit (ce qui a été vite oublié, puisqu’une fois immergée dedans je n’ai plus eu envie d’en ressortir). Le début m’a semblé un peu balbutiant, un peu désordonné. J’ai vite compris le principe du roman, qui part sur un récit au présent puis revient en arrière à des périodes clefs de l’existence de Matt, et dans l’ensemble, ça se tient bien, c’est très cohérent, mais au début, ces retours en arrière sont un peu difficiles à suivre autant que de comprendre la raison des émotions violentes et des doutes du héros. On entre dans le vif du sujet sans background, du coup forcément, au départ, on est un peu perdus (enfin, moi, en tout cas). Je vous rassure, cependant, on s’y fait vite, et ensuite, ça roule tout seul. Je dois tout de même dire qu’en soi, je n’ai pas été complètement emballée par le découpage du récit, même si je n’ai pas grand-chose à lui reprocher malgré tout et que celui-ci ne m’a pas fait sortir de la bulle dans laquelle ce roman m’a plongée.

Une autre chose qui m’a donné un peu de fil à retordre au départ, c’est la psychologie de Matt. Au début, je l’ai trouvé trop geignard. Il passe son temps à se dire qu’il a envie d’aller au Dark Skies mais qu’il ne faut pas, qu’il culpabilise vis-à-vis de sa fiancée, qu’il ne veut pas voir sa vie voler en éclats, etc. Toutes ces choses sont très justes, ce sont, je pense, exactement les pensées que pourrait avoir n’importe qui ayant eu la vie de Matt et se retrouvant dans la même situation que lui. Il n’y a pas d’incohérence dans sa psychologie qui est d’ailleurs profonde et fouillée, juste de la redondance au début sur ces mêmes pensées qui reviennent un peu en boucle. On va dire que Matt est un peu agaçant à toujours geindre dans sa tête.

Mais rapidement, il évolue pour assumer de plus en plus ses désirs, et là, moi, je lui ai trouvé une personnalité de plus en plus charismatique. Il reste incertain, la honte continue de le tarauder, mais il est touchant, ses réflexions sont justes, et si Trent, celui qui le « torture » et le pousse dans ses retranchements, considère qu’il n’est coupable de rien dans le fait que l’existence de Matt tout entière est en train de tomber en ruine, moi j’étais complètement en accord avec Matt, avec son point de vue, ses émotions (et son envie de lui casser la gueule, à cet enfoiré de Trent ;-) ). Et c’est avec lui qu’on ressent, qu’on vibre, qu’on aime et qu’on déteste, qu’on prend un plaisir intense, interdit, entre les murs du Dark Skies. Je ne me suis pas identifiée à lui, mais je l’ai peu à peu apprivoisé, en même temps que lui s’apprivoisait, au fond.

Petit point dommage, j’aurais aimé que Bianca, sa fiancée, soit plus présente, notamment lors d’une scène capitale qui est racontée comme un retour en arrière, sans dialogue, donc en effaçant toute réalité à cette pauvre femme. Quelque part, en y repensant, c’est bien amené, parce que oui, au fur et à mesure que Matt s’accepte, Bianca disparait, devient plus irréelle, même dans sa propre vie, dans sa propre tête. Et je dois dire que même si Bianca, dans ce passage, s’est faite aussi fuyante que l’eau d’un ruisseau, ce moment du récit est un des plus forts de tous. J’ai énormément vibré à la répétition, encore et encore, de trois simples mots qui m’ont percutée et m’ont remplie autant qu’ils remplissent Matt à cet instant-là.

Je pourrais parler des autres personnages, notamment Trent, Connor, et « Lui », mais ce serait trop compliqué de vous les décrire sans risquer de spoiler l’histoire. Je dirais donc simplement un mot sur la relation Trent/Matt, tendue, difficile, complexe, que j’ai détestée autant qu’adorée. Parfois j’en ai ri, parfois j’avais envie de frapper Trent aussi intensément que Matt en avait le désir. Parfois, Trent m’a fascinée comme il a pu fasciner Matt. Compliqué de cerner cet homme à l’éternel sourire moqueur, aux paroles directes et souvent violentes, à l’esprit pervers et au physique de rêve.

En ouvrant Dark Skies, j’avais prévu de passer un bon moment de lecture. En fait, j’ai chaviré avec Matt dans une histoire aussi sombre que pimentée, aussi émouvante que rude. J’ai vibré. J’ai souri. J’ai parfois presque eu les larmes aux yeux, aussi. Et si la conclusion m’a un peu frustrée dans ma vision de l’amour et de la relation, elle ne m’en a pas moins touchée énormément. Une belle plongée dans un univers très nuancé, dans un enfer qui pourrait peut-être s’ouvrir… sur une nouvelle vie.



Points positifs : une plume percutante, crue et acérée ; des personnages torturés avec qui on plonge dans l’histoire ; un érotisme brûlant extrêmement bien maitrisé ; une intrigue qui ne se lasse pas de nous surprendre ; un récit hautement addictif.

Points négatifs : le début m’a semblé un peu désordonné ; j’ai eu un peu de mal au départ avec le personnage principal ; le personnage de Bianca aurait mérité un peu plus de relief, de même que celui de Connor.



Note : 4,7/5


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