dimanche 27 mai 2018

[Chronique] Game - Mai Nishikata

Game, entre nos corps, tome 1 - Mai Nishikata






Titre: Game, entre nos corps
Auteur: Mai Nishikata
Éditions Akata
Genre: manga, shojo/josei
Âge: 14+
Série en cours, 1 tome paru



SERVICE PRESSE



Résumé:


Sayo Fujî, 27 ans, est cadre dans un cabinet comptable. Aussi brillante qu’efficace, elle subit le regard désapprobateur de la plupart des hommes qui l’entourent, qui la jalousent ou acceptent mal qu'une femme se consacre autant à sa carrière professionnelle. Sous ses dehors implacables, Fujî en souffre, comme elle souffre de la solitude qui régit son existence dans l’intimité. Mais l’arrivée d’un nouvel employé au sein de l’entreprise où elle travaille pourrait bien changer la donne. En effet, Ryôichi Kiriyama est à peine engagé qu’il propose à la jeune femme de coucher avec lui. D’abord choquée, Fujî finit par accepter de dépasser les limites d’une simple relation professionnelle, sans pour autant éprouver de sentiments à son égard. Commence alors un étrange jeu entre les deux collègues, entre domination et plaisirs…




Chronique d'Aurélie


Tout d’abord un très grand merci aux éditions Akata pour leur confiance et leur accueil. J’aime énormément cette maison d’édition qui nous sort des titres aussi atypiques qu’engagés.

Ce manga pourrait sembler un peu plus « traditionnel » que ceux de mes chroniques précédentes (Éclat(s) d’âme et Aromantic (love) story que je vous invite à découvrir également) s’il ne cassait pas tous les codes du shojo et de la romance traditionnelle.

La couverture annonce la couleur, avec une illustration à la fois sensuelle et ambiguë. Un couple enlacé, dans une position relativement explicite et érotique, l’homme sur le dessus ayant l’air de dominer la situation… et la main de la femme sur sa bouche renverse cette sensation de dominance masculine.

Les dessins sont très doux, jolis comme tout. Ils coïncident très bien avec l’inexpressivité des visages des deux protagonistes principaux, Fujî, et Ryôichi. L’érotisme de l’œuvre est belle, sans crudité, plutôt poétique. Légère mais présente, un beau cocktail de charme. Les scènes ne sont pas à proprement parler « hot », mais elles sont explicites et agréables à découvrir, d’autant que les personnages sont très beaux, leurs corps très bien retracés.

Cette histoire est très dynamique, drôle et sérieuse à la fois, elle évoque un sujet de société intéressant : le fait qu’on attend d’une femme qu’elle privilégie son couple/sa vie de famille et non son travail. Contrairement aux hommes, qu’on ne juge pas quand ils sont engloutis dans leur travail, furent-ils en couple et/ou pères. C’est donc un manga très féministe que nous avons ici, qui met en place une relation ambiguë entre l’héroïne, Fujî et son nouveau collègue de travail, Ryôichi.

Fujî est un personnage fort, froid mais pourtant pas insensible, qui sait ce qu’elle veut et privilégie sa carrière. Elle aime son travail, qu’elle accomplit à merveille, a un poste relativement élevé. D’ailleurs, à ce sujet, un premier élément m’a choquée (et il est volontaire je pense), une réflexion d’un de ses collègues de travail « le directeur du cabinet disait… que vous étiez la seule femme de l’entreprise à pouvoir rivaliser avec vos collègues masculins. » On est en plein dans une discrimination professionnelle, ici, montrant bien qu’en effet, l’homme et la femme ne partent clairement pas à égalité. D’autant que pour en arriver là, à ce niveau « d’égalité », Fujî bosse beaucoup plus que ses collègues masculins.

On est ici dans un manga féministe, qui pose pas mal de questionnements sur les rôles, places et comportements des hommes et des femmes dans la société japonaise. On peut faire des parallèle avec notre propre société, soit dit en passant, qui fonctionne à peu près à l’identique, et dans laquelle les avancées du féminisme ne sont pas toujours flagrantes. Réflexions sexistes, misogynes, flirts des hommes qui n’ont absolument pas honte d’agir comme des Don Juan de manière déplacée qui tient parfois du harcèlement, et bien sûr, réflexions sur la famille : une femme est faite pour avoir un mari et des enfants, point barre. Là-dedans, évidemment, Fujî se débat dans un monde qui ne compte lui faire aucun cadeau.

J’ai beaucoup aimé la relation tendue entre Fujî et Ryôma, les réflexions qui fusent, leur rapprochement. Le rôle très flou de Ryôma qui se dit amoureux de Fujî mais semble tout faire, avant tout, pour la séduire. Agit-il pareil avec toutes les femmes ? Oui, il le dit lui-même. « Mais je ne l’ai jamais dit aussi sincèrement qu’à cet instant. » Difficile de voir clair dans son jeu de charmeur. Il désire Fujî, il lui propose de manière directe une relation « libre », mais il lui parle aussi d’amour. Il est très contradictoire, et c’est un personnage intriguant que j’ai hâte de voir développer.

J’ai aussi beaucoup aimé le jeu de séduction et de force qui se met en place entre ces deux-là. Il donne lieu à des réflexions sensées, parfois drôles, parfois profondes, et à des scènes érotiques magnifiques, entre passion et tendresse, avec une forme de complicité qui naît par le biais de leur relation très particulière : ils se cherchent, ils veulent avoir le dessus, faire céder l’autre, de différentes manières : le faire crier lors de l’acte sexuel, la rendre jalouse, leur jeu se corse et se complexifie au fur et à mesure que leur liaison se codifie.

Seul bémol à mes yeux, lors de leurs moments érotiques entre Fujî et Ryôma, je trouve Fujî trop passive. Cela casse un peu je trouve l’image de la femme forte qui veut tout contrôler. On peut le prendre a contrario comme un laisser-aller complet dans la chambre à coucher, mais j’aurais bien vu une femme qui prenne plus d’initiative. Là elle a plus le côté « brat », qui veut défier Ryôma par ses regards et ses paroles, mais elle ne prend que rarement la moindre initiative. Elle qui gère tout devient très princesse et presque soumise quand il s’agit d’entrer dans l’érotisme. Le contraste est étrange.

Ceci dit, ce côté très doux de Fujî est aussi très joli, il donne de la douceur au personnage qui, dans la vie active, est froide et directe. Son laisser-aller a quelque chose de touchant, de même que la scène où elle lutte pour ne pas pleurer, et où elle réalise que son rôle professionnel gomme son côté féminin, qu’elle n’est, quelque part « plus une femme », à leurs yeux, et qu’elle ne se donne pas le droit d’être sensible… d’être triste. De pleurer, parce que cela est un signe de faiblesse. Et là, on sent la fragilité du personnage, et l’on ne peut que se révolter du carcan qu’elle porte, pas tant par volonté que parce qu’elle s’y oblige, pour pouvoir réussir professionnellement et s’élever à la hauteur des hommes. C’est assez déchirant de voir à quel point on est forcé d’entrer dans des cases et de se figer dans des comportements parce que c’est ce qu’on attend de nous. Et de voir à quel point une femme qui veut « réussir » (professionnellement parlant, au même titre qu’un homme) est obligée de se cacher derrière un masque pour obtenir ce droit qui est acquis d’avance à l’homme…

En conclusion, ce premier tome de Game, entre nos corps, part très fort, et nous projette dans une belle romance complexe, drôle, touchante et pétillante, légère mais peuplée de réflexions sensées et intelligentes, qui poussent à réfléchir sur notre société et la disparité hommes/femmes. Malgré des scènes osées, celles-ci restent assez douces pour que ce manga soit accessible à un public large. Une belle histoire à découvrir.




Points positifs : des dessins très jolis, très doux, style shojo, avec des scènes érotiques travaillées mais pas crues ni trop explicites ; des personnages qui interpellent et font réfléchir ; une relation entre les deux protagonistes principaux captivante et pétillante, qui donne envie de les suivre ; des sujets de société comme le féminisme qui sont très bien abordés.

Points négatifs : la passivité de Fujî au lit m’a semblé « trop », dans le sens où elle montre une domination masculine alors que tout le reste du manga tente de lutter contre. À voir où cela va mener ;-)




Note : 4,5/5


2 commentaires:

  1. Ce manga m'intrigue depuis un petit moment, tu me donnes envie de le découvrir ! Un jour, peut-être... :)

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