vendredi 11 mai 2018

[Chronique] Éclat(s) d'âme - Yuhki Kamatani

Éclat(s) d'âme, tome 1 - Yuhki Kamatani






Titre: Éclat(s) d'âme
Auteur: Yuhki Kamatani
Éditions Akata
Genre: manga, seinen, LGBT, tranche de vie
Âge: tout public
Série en cours, 2 tomes parus



SERVICE PRESSE



Résumé:


« Deux jours avant les vacances d'été, je crois que... je suis mort ». C'est ce qu'a pensé Tasuku le jour où un de ses camarades de classe lui a piqué son smartphone, alors qu'il était en train de regarder une vidéo porno gay dessus. La rumeur s'est répandue comme une trainée de poudre. Tasuku, pense alors à se suicider, ne pouvant supporter cette réalité dont il n'avait pas encore complètement conscience lui-même, mais aussi par peur du regard de la société. Pourtant, alors qu'il s'apprête à sauter dans le vide, il aperçoit, au loin, une mystérieuse silhouette de jeune femme qui le devance et... saute dans le vide ?! Intrigué, terrorisé, il s'élance vers l'endroit d'où elle a sauté. Il y découvre, stupéfait, que la jeune femme est encore en vie, et qu'elle est l'hôte d'une sorte de résidence associative, véritable safe space où se réunissent diverses personnes LGBT. De rencontre en rencontre, le jeune lycéen va apprendre à se connaître, à s'accepter, et trouver sa place dans le monde.





Chronique d'Aurélie


Tout d’abord un très grand merci aux éditions Akata pour leur confiance et leur accueil. C’est une maison d’édition que je suis depuis un moment, allant de fabuleuse découverte en fabuleuse découverte, et je suis ravie de pouvoir vous présenter aujourd’hui Éclat(s) d’âme en partenariat avec eux.

La couverture de ce manga est assez déstabilisante. Ce fond sans couleurs, ce personnage au visage percutant, qui montre l’intensité d’un monde intérieur refoulé, la peur, également, dans l’éclat de ce regard écarquillé. La beauté du dessin est à la hauteur de l’ambiance presque dérangeante de cette illustration. Une couverture parlante, qui m’a immédiatement donné envie de me plonger entre ces pages, et qui est tout à fait adaptée au thème de cette histoire bouleversante.

 Je ne m’attendais pas à un tel coup de cœur pour ce manga que j’attendais pourtant avec impatience. Il a fait beaucoup de bruit, et pas sans raison. Les thèmes centraux du récit y sont abordés avec justesse et nous plongent dans l’univers de Tasuku, un univers inquiétant et perturbé.

J’ai eu un petit doute au départ, à cause du côté presque « fantastique » de certaines scènes, mais je suis vite entrée dedans et ces scènes qui semblent peu réalistes sont en fait de parfaites métaphores pour évoquer les troubles et émotions par lesquelles passe Tasuku. En fait, cet aspect presque « magique », ces hallucinations, sont incroyablement parlantes et nous permettent de pénétrer complètement dans la tête de Tasuku, de subir avec lui cette sorte de distorsion de la réalité qu’on peut ressentir quand on se sent tellement oppressé qu’on a la sensation d’exploser. Ou bien d’éclater en milliers de morceaux quand on se sent tellement désespéré qu’il nous semble impossible de continuer à avancer. Ces scènes très imagées sont au final un énorme plus pour parler de ces vécus terriblement violents qui peuvent conduire à des actes douloureux, voire très définitif.

Le harcèlement scolaire y est très bien abordé, du point de vue du harcelé, de ce qu’il ressent en voyant son univers voler en éclat. Les moqueries somme toute pas forcément si cruelles, mais qui marquent, qui peuvent faire tant de mal. Cette souffrance, cette impression d’être mort, d’avoir tout perdu. Qu’il ne nous reste plus rien. Ce besoin d’exploser pour ne plus subir, pour que tout s’arrête. C’est extrêmement fort, angoissant et touchant.

Les questions LGBT y sont très bien menées, avec Tasuku, son désir d’être comme tout le monde, son sentiment d’être seul et sa souffrance à l’idée d’être différent. « Sur le net, certaines personnes disent qu’il faut être fier de ce qu’on est, mais je n’y arrive pas (… )Mais pourquoi ? Quelqu’un peut m’expliquer… pourquoi je dois supporter leur air dégoûté quand ils me regardent ? (…) J’ai envie de mourir, mais c’est plutôt eux qui devraient crever. » Ce ne sont pas seulement les images, qui sont fortes, mais aussi les mots. Ces mots justes, ces mots douloureux, ces mots puissants qui nous bouleversent et nous font pénétrer dans les profondeurs de l’univers émotionnel de Tasuku.

Également dans celui de Haru, personnage féminin qui est pour moi un gros coup de cœur. La seconde partie du manga lui est en partie consacrée, et son histoire est si poignante qu’elle m’a fait pleurer. Vraiment pleurer. Ses peurs, ses doutes, la certitude d’être rejetée. Le harcèlement, le dégoût des autres, leur incompréhension. L’isolement. Et puis cet amour, plus fort que tout, cette envie de se battre pour la femme aimée, et plus encore, pour le droit d’être simplement soi. Encore une fois, on lie ici l’histoire avec des images marquantes, comme la destruction de ces vieux murs lors du premier chantier de rénovation d’Haru. « Tu comptais abattre ce mur de toute façon, non ? Tant pis si c’est irréparable, au moins ça aérera la pièce. Ne t’embête pas à tout prévoir dès le départ, tu n’as qu’à improviser au fur et à mesure. » C’est le passage qui m’a le plus touchée, bouleversée, donné la chair de poule et fait verser bien des larmes. Tellement c’est juste, tellement c’est percutant.

Celui-ci, ainsi que le « coming out » de Tasuku auprès de ses nouveaux amis, deux moments qui font vibrer et émeuvent, autant parce qu’il est dur de réaliser à quel point ces situations sont complexes et semées d’embûches que parce qu’en faisant tout voler en éclat, enfin ils peuvent respirer, être eux-mêmes, vivre leur vie. Même si ce ne sera pas forcément facile, qu’il y aura des coups durs, ils sont enfin libres, d’une certaine manière.

Les autres personnages qui entourent Tasuku et Haru sont tous intéressants, tantôt sympathiques, tantôt mystérieux. L’hôte est un personnage énigmatique sur lequel on se pose beaucoup de questions, notamment. Chacun est arrivé au salon de discussion pour ses propres raisons, qu’on espère découvrir dans les prochains tomes. On sent que l’on ira encore de surprise en surprise, d’émotion en émotion…

Ce premier tome est trop vaste, trop dense, trop riche pour que l’on puisse le décrire en quelques simples mots. Je pourrais en parler des heures. Il est magique. Magnifique. Profondément bouleversant. Il touche à des sujets très actuels, d’une manière traitée à la perfection, et en plus, il est accessible à tous âges. Je sais que de plus en plus de CDI et de BU l’achètent pour leurs élèves, et c’est tant mieux. C’est un manga à mettre entre toutes les mains. Je l’ai d’ailleurs prêté à mon fils aîné afin qu’il le lise à son tour, je sais qu’il sera touché. Un manga à lire et à relire. J’ai hâte de découvrir le second opus…



Points positifs : de beaux dessins, à la fois simples et réalistes, avec des émotions très travaillés sur les visages ; des personnages mystérieux, émouvants, profondément humains ; des thématiques abordées avec brio et profondeur ; une histoire bouleversante.

Points négatifs : pas trouvés.





Note : 5/5



4 commentaires:

  1. Aaaaah j'ai encore plus envie de le lire maintenant! Déjà que j'adore Akata à la base!

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    1. J'aime beaucoup les éditions Akata aussi et ce roman me faisait de l'œil mais maintenant que je lis la chronique d'Aurélie, j'ai très envie de me l'acheter à mon prochain passage au Furet, haha !

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    2. Il est fabuleux, ce manga!! un vrai bijou, pas à hésiter, il est magique! <3

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  2. bonjour je ne connaissais pas et tu me donnes envie d'acheter ce manga. la couverture m'étonne mais me donne envie de l'ouvrir et de connaître le contenu stupéfiant. donc il y aura d'autres tomes. merci pour ta chronique que j'apprécie et je lis. bonne soirée gros bisous

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