vendredi 25 mai 2018

[Chronique] Éclat(s) d'âme 2 - Yuhki Kamatani

Éclat(s) d'âme, tome 2 - Yuhki Kamatani






Titre: Éclat(s) d'âme
Auteur: Yuhki Kamatani
Éditions Akata
Genre: manga, seinen, LGBT, tranche de vie
Âge: tout public
Série en cours, 2 tomes paru



SERVICE PRESSE



Résumé:


Au contact des membres du salon de discussion, Tasuku a fini par s'accepter, mais surtout par accepter l'amour qu'il éprouve. Pour autant, il ne sait pas encore comment il doit se comporter au quotidien, auprès de ses camarades, mais surtout auprès de celui qu'il aime. Au contact de Misora, plus jeune membre du salon, mais aussi porteur d'un "secret" compliqué, le lycéen va continuer à se poser des questions…




Chronique d'Aurélie


Tout d’abord un très grand merci aux éditions Akata pour leur confiance et leur accueil. C’est avec euphorie que j’attendais ce tome 2, après l’immense coup de cœur que j’ai eu pour le premier opus de cette série magnifique. C’est donc avec une joie immense que je l’ai réceptionné et démarré au plus vite. Et je n’ai pas été déçue par le voyage.

La première fois que j’ai vu la couverture, je n’ai pas accroché avec. Le contraste avec le premier tome m’a semblé assez déstabilisant, mais j’en ai vite compris l’intérêt au vu du contenu de ce second tome, et au final, je dois avouer que je la trouve très esthétique et émouvante. Et mystérieuse. Et très bien trouvée pour ce second opus très contrasté.

Comme dans le premier tome, j’ai trouvé les illustrations, à l’intérieur, magnifiques et très parlantes. Certains dessins sont « durs », d’une certaine manière, les émotions y sont violemment retransmises, mais c’est qu’elles laissent rejaillir une partie de cet intense monde intérieur vécu par certains personnages. Je les trouve très artistiques, et très éloquentes. Pour ne pas dire tout aussi percutantes que l’histoire en elle-même, en fait.

Comme dans le premier tome, le personnage principal de ce manga est Tasuku, c’est sur lui qu’est centrée l’histoire. Mais ce qui est passionnant, c’est qu’à chaque tome, on découvre un peu plus l’histoire et les motivations d’un second personnage. Dans le tome 1, nous en avions appris beaucoup, avec énormément d’émotion, sur Haru. Ce tome-ci est centré sur un personnage très ambivalent, qui restait encore mystérieux dans le premier opus : Misora.

Misora, Tasuku l’a croisé à plusieurs reprises de manière très différente, sans comprendre que ce jeune collégien qui n’hésite pas à lui dire qu’il est « pédé » et cette jolie fille dont il ignore tout sont en fait une seule et même personne.

Ce tome 2 parle donc de travestissement, et soulève beaucoup de questions inhérentes au transgenre. Des questions qui, souvent, restent en suspens. Misora aime se déguiser en fille, il se sent bien quand il est ainsi grimé, mais il s’énerve quand Tasuku le considère comme gay, affirme que les mecs le dégoûtent. Il s’agace que Tasuku fasse un rapprochement entre son désir de se travestir et l’homosexualité : « et alors ? Je vois pas le rapport… Et toi, Tasuku ? Pourquoi tu t’habilles pas en femme ? Tu aimes les garçons, non ? ».

J’aime la manière dont ces interrogations sont soulevées, sans filtre, parfois avec violence et crudité, à travers ce personnage rempli de colère et de sarcasme qu’est Misora. Je n’ai pas beaucoup accroché avec ce garçon, je dois bien le dire, mais sa présence est certaine, ses paroles souvent violentes et directes poussent à la réflexion. Il nous donne matière à revisiter énormément de préjugés, fait réfléchir le lecteur tout autant que Tasuku : est-ce que se travestir est forcément signe qu’on est homosexuel ? Ou bien est-ce que cela signifie, même, qu’on voudrait appartenir à l’autre genre ? Est-ce qu’au fond, se définir est une obligation ?

Les interventions d’Haru, en ce sens, m’ont également énormément plu. Elle est la première à remettre en question ces histoires de définitions, de « cases ». Quel besoin a-t-on de se classer, au fond ? La réponse d’Haru est aussi sensée qu’intelligente : « moi je pense qu’il vaut mieux ne pas trop se préoccuper des catégories. L’important, c’est d’abord de savoir comment on veut vire sa vie, et ce qu’on éprouve envers les autres. Ceci dit, j’avoue que ça peut faciliter les choses, les étiquettes. Pour rencontrer des gens qui nous ressemblent, par exemple ». Tout est dit en quelques mots. Et cela donne matière à réviser notre façon de vouloir tout mettre dans des cases.

À côtoyer les membres du salon de discussion, Tasuku s’ouvre à un champ de possibles incroyables, et se met à revoir peu à peu tous ses propres préjugés. Ce n’est pas parce qu’il est « différent » qu’il n’en est pas bourré. En cela, la rencontre avec Misora, aussi déstabilisante qu’elle soit, aussi difficiles que soient ses interactions avec ce garçon aux humeurs changeantes, qui semble à la fois sûr de lui et très mal dans sa peau, va le secouer au-delà de l’imaginable, et le remettre en question à tous points de vue. Il se met à réfléchir différemment, à s’accepter mieux, également. Pas seulement grâce à Misora, mais aussi, grâce à ces autres membres du salon qui tiennent à lui et l’acceptent tel qu’il est.

J’aime particulièrement (toujours ! ^^) Haru, sa façon de penser, sa simplicité, sa douceur pourtant mêlée de fermeté et d’assurance. Quant aux autres, ils m’intriguent énormément, et j’ai hâte de les découvrir plus avant. La présence de Tchaikov est toujours agréable, même si on ignore tout sur lui. J’apprécie Naikai, qui reste discret pour l’instant, mais qui est toujours souriant, a toujours le mot sympathique, et que j’aimerais plus découvrir. On apprend d’ailleurs que l’association qui regroupe une partie des membres du salon de discussion, le congrès des chats, serait « réservée » aux LGBT. Ce qui forcément questionne sur les autres membres du congrès des chats.

Quant à l’hôte… eh bien, les réflexions qui s’affinent sur ce tome 2 ne donnent que plus envie encore de la/le découvrir. Je bute sur le genre, parce que très franchement, si au premier abord on la/le perçoit comme une femme, je me demande sincèrement ce qu’il en est en vérité. « C’est comme un adulte qui aurait grandi  sans avoir eu besoin de  se choisir une identité. C’est personne, mais c’est quand même quelqu’un de vivant. » J’ai trouvé cela aussi intrigant que percutant, encore une fois (oui, je trouve ce manga percutant sur tous points de vue, en fait).

Enfin, ce tome 2 me donne envie de découvrir plus avant Tsubaki, le garçon dont Tasuku est amoureux. Ce personnage semble receler bien des secrets. Si ses propos de base sont homophobes, je me mets à me demander, au fond, si ce n’est pas une manière de se protéger… ou de faire comme les autres.

En conclusion, ce second tome est à la hauteur du premier opus. Je l’ai un peu moins apprécié parce que j’ai été énormément déstabilisée par le comportement fluctuant de Misora, mais il soulève des questions encore plus profondes que le premier tome. J’ai très hâte de découvrir la suite, et d’en apprendre plus sur les différents protagonistes que l’on rencontre au fil de cette incontournable série.




Points positifs : de beaux dessins, à la fois simples et réalistes, avec des émotions très travaillés sur les visages ; des personnages mystérieux, émouvants, profondément humains ; des thématiques abordées avec brio et profondeur ; une histoire bouleversante.

Points négatifs : pas trouvés.




Note : 4,9/5


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