vendredi 16 mars 2018

[Chronique] Ailleurs, c'est forcément mieux - Sacha Stellie

Ailleurs, c'est forcément mieux - Sacha Stellie





Titre: Ailleurs, c'est forcément mieux
Autrice: Sacha Stellie
Auto-édition
Genre: romance



SERVICE PRESSE


Résumé:


Je m’appelle Charles, j’ai trente-neuf ans.
Je suis ce que certains aiment à qualifier de cynique. Un personnage outrecuidant, ostentatoire, qui fait semblant de sourire au monde, surtout aux femmes, qui a la débauche facile et le travail exigeant. J’avance ainsi dans la vie, sans encombre, avec le désavantage de ceux qui ont une belle gueule, un charisme claquant et un humour acerbe. Je suis donc aux yeux de tous ce cynique mondain qui a réussi.
En réalité, je suis tout simplement un sale type.
Un sale type brinquebalant, qui ne profite jamais de rien à cause de cette pathologie nauséabonde qui consiste à penser qu’ailleurs, c’est forcément mieux. 
Un mec qui ne vit pas parce qu’il attend quelque chose qui ne vient pas sans même savoir ce que c’est. Un sinistre individu qui écrase les gens de ses lourdes convictions, de cette détestable assurance, de son désir obsessionnel de rentabilité et de son manque viscéral de disponibilité. Un personnage égocentrique qui n’éprouve de réelle affection que pour la pierre tombale de sa mère. Un pauvre drille qui aime gagner et amasser de l’argent mais que tout l’or du monde ne parviendrait pas à rendre heureux.
Un sale con en somme, mais un con lucide. »

Ce roman est la percutante introspection d’un homme qui, comme tant d’autres, s’est perdu dans une existence mal choisie, un arrogant voyage dans les noirceurs des remises en question et une claquante révolution intérieure audacieuse et perçante.



Biographie de l'autrice:


Sacha Stellie est née à Paris en 1972. 
Des études littéraires, une formation de publicitaire, elle est aujourd'hui auteur de quatre romans.



Chronique d'Aurélie


Sacha a pris l’initiative de me proposer et de me confier son roman, sachant que le style et le sujet pourraient m’en plaire, et je la remercie infiniment pour sa confiance et sa gentillesse. C’est le premier ouvrage que je découvre de cette autrice talentueuse, et cette découverte a été un vrai grand plaisir.

Le résumé m’a d’emblée parlé. Pas de pays des bisounours (remarquez je n’ai rien contre, mais j’aime les sujets sombres et les histoires complexes avec des héros aux personnalités difficiles), ici, pas de personnages roses et tout mimi. Charles est un personnage de premier abord détestable, cynique et pince sans rire, violent dans ses paroles, le parfait connard, en somme. Et il en a tout à fait conscience.

Un personnage, donc, au caractère très fort et très inamical. On pourrait croire que l’on ne va pas pouvoir s’entendre avec lui, parce que franchement, plus désagréable, tu meurs. Il a une façon d’aborder le monde, de parler aux autres, d’évoluer en société complètement choquante. Il gueule sur les autres, se moque d’eux avec une méchanceté claquante, ne se préoccupe pas de son entourage, l’ignorant dans le meilleur des cas. Il déteste les gens, en général, et ceux qu’il appelle ses amis, il les traite avec une effarante méchanceté.

Mais voilà, on entre dans la tête de Charles, et on découvre en lui une véritable dualité, touchante, émouvante, attachante. Il est réaliste, désillusionné, ironique, mais on sent sa souffrance, son désarroi face à ce monde qui ne tourne pas comme il le voudrait, face aussi, parfois, à ses propres réactions. Il voudrait être moins fier, moins arrogant, et ne pas toujours réagir avec une telle grandiloquence. Mais est-ce si facile de changer ? Et puis, en a-t-il vraiment envie ? Qu’est-ce qui, dans sa vie, pourrait lui donner la volonté d’évoluer, de devenir un homme meilleur ? Rien ici, en tout cas. Parce qu’ailleurs, c’est forcément mieux. Donc ici, c’est pire. Mais bougerait-il pour autant ? Pour quoi faire ?

C’est donc un homme paralysé, figé dans une vie malheureuse et morose, que nous côtoyons et apprenons à connaitre et à apprécier, malgré ses milliards de défauts. Un personnage qui vibre mais ne le réalise pas. Qui attend l’étincelle qui fera repartir la machine. Mais arrivera-t-elle, cette étincelle ?

Et puis, un jour, à son travail, Charles reçoit une lettre d’une inconnue. Une lettre d’amour, poétique, belle, touchante. Et l’étincelle vient de mettre le feu aux poudres. Peu à peu, Charles va changer en profondeur. S’ouvrir à un monde dont il ignore tout. Prendre des risques, accepter de devenir autre. Et même apprécier cet autre moins bougon, moins triste, moins terne… moins méchant. Peu à peu, il va apprendre à vivre. Et réaliser qu’il avait cessé de respirer depuis des années.

La plume de Sacha nous emporte avec fièvre, énergie et douceur à travers cette belle histoire d’espoir et d’amour, ce rayon de soleil perçant les nuages sombres d’un ciel devenu trop gris depuis trop longtemps. Une plume magnifique, tantôt lyrique, tantôt cruellement réaliste. Une richesse de vocabulaire incroyable, qui fait un bien fou. Un récit également peuplé de références, dont un certain nombre que j’ignorais, d’images et de magie. Il ne se passe au final pas grand-chose, dans ce roman, mais je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer. Je l’ai lu d’une traite, sur une journée, allongée dans un parc ou assise sur un banc d’aéroport, m’accrochant à l’esprit de Charles, découvrant avec lui un monde oublié. Un monde qui lui rappelle sa mère défunte, cette femme qu’il fut la seule à vraiment aimer. Y a-t-il encore une place dans son cœur peuplé de regrets et d’amertume, pour un nouvel amour ? Et pour ces gens qui tiennent à lui, malgré son comportement et sa méchanceté ? À lui de le découvrir… à lui d’évoluer.

Seul point négatif dans le style de Sacha, j’ai eu un peu de mal avec les verbes utilisés dans les dialogues. À la place des habituels verbes d’incise, Sacha a choisi d’utiliser beaucoup de verbes d’action, liant le geste à la parole. J’en comprends l’idée, et je la respecte, même si personnellement cela a parfois un peu perturbé ma lecture. Rien qui n’entache sérieusement mon plaisir et mon voyage dans la tête de Charles, même si ce choix n’est pas ma tasse de thé.

Autour de Charles, évoluent un certain nombre de personnages qui ont tous leur importance. Je ne pourrais tous les citer, car si Charles se croit souvent très seul, il est finalement plutôt bien entouré. Et par des âmes sincères, qui l’apprécient malgré ses terribles défauts. Violette, Eléa, Chiara, Adriano, Felix… Des personnages hauts en couleur, touchants, qui peuplent de nuances et de vie ce tableau à la grisaille persistante. Certains le font plonger dans sa propre propension à la mélancolie, bien contre leur volonté, d’autres sont des souffles d’espoir, d’énergie, de vie… de liberté. À part son amour pour la corrida, j’ai particulièrement adoré Adriano, ce personnage à la fois chaleureux et… ambigu.

Je savais le fin mot de l’histoire, puisque Sacha m’avait confirmé mes attentes concernant mes choix de lecture (et je ne vais pas vous spoiler, bien sûr, à vous de le découvrir !). Je n’ai donc pas vécu comme un lecteur non averti l’attente de Charles, ses questions (et celles du lecteur) concernant les lettres et la mystérieuse inconnue qui se cache derrière ces mots qui enflamment notre héros. Pas non plus eu la surprise finale, je savais à quoi m’attendre. Cependant, cela n’a pas entaché ma lecture, et je me suis laissé porter par les doutes de Charles, ses interrogations, ses expectatives et ses rêveries sans me laisser gâcher l’intrigue par ma connaissance de cette fin surprenante.

Et la magie a bel et bien fonctionné, cette conclusion toute de douceur et d’émotion m’a réellement touchée et mis la larme à l’œil. Je salue ici la façon dont Sacha a mis les éléments en place, la façon dont chaque détail nous permet à chaque instant de deviner la vérité sans qu’on ne le réalise avant la toute fin… Mécanique complexe, mais pourtant, au fond, si simple. Si évidente.

C’est donc, pour moi, une très belle découverte que ce roman aux mille facettes. Une belle leçon de vie qui nous apprend à savourer les bénédictions de l’existence, à se concentrer sur l’instant présent et la beauté de la vie, sans aller chercher ailleurs… « Parce qu’ailleurs, ce serait forcément moins bien. »



Points positifs : une plume poétique et très fine, lyrique et réaliste ; un héros à la personnalité hyper travaillée, hyper réaliste, détestable à souhait et auquel on s’attache pourtant ; une romance douce et forte à la fois ; une fin inattendue et un peu magique.

Points négatifs : les verbes d’incise sont remplacés par des verbes d’action, ce qui m’a parfois passablement déstabilisée.



Note : 4,4/5



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